SOUS LES RADARS – NOVEMBRE 21

Nouveau volet de notre sélection mensuelle dont le principe est de présenter succinctement environ 5 projets (frenchies ou kinris) des 30 derniers jours, issus des marécages (ou non), aux confins du cloud, parus « sous les radars », souvent loin des lumières et du battage médiatique. Le but n’est pas de faire un classement, l’objectif est tout simplement de vous donner envie d’écouter autrement, « plus loin »…

  • NICK DIRE – RUIN ME

Nick Dire, de son vrai nom Adam Waltner, est un cinéaste, photographe et rappeur , originaire de Denver où il a officié dans le groupe Short Bus. Pour les besoins de son métier de réalisateur, il déménage à New-York au début des années 2000. Pendant plus de 10 ans il se consacre exclusivement au cinéma et à la photo, délaissant le rap. En tant que photographe il développe une vraie touche, faite de clichés noir et blanc très esthétiques, dépouillés souvent, mais à la mise en scène soignée.

En 2016 il revient au rap avec le projet Nick DIRE et une mixtape intitulée « Ignition », une mise à feu death-rap très convaincante. Dès ce premier opus il développe un rap, qui va devenir son « empreinte » artistique, fait d’une subtile alchimie de death, dark, emo, cold et gothic, un peu comme un prolongement musical de son travail photographique. En 2020 il récidive, et confirme ses premières intentions avec « Crime Fiction », un format court de 7 titres, entièrement produit par DeathbyYo, puis, en novembre de cette année, sort le très très bon « Ruin Me », un 8 titres, dont la prod n’est pas créditée.

Ce disque est une sorte de fusion entre Cordae, Blue Sky Black Deat, American Ghost pour le versant rap, avec de forts accents et un côté très mélodique qu’on pouvait trouver chez des groupes cold comme The Mission, Asylum Party, ou le très bon Stress Culture des français Lobo. Qu’on ne s’y trompe pas, ça rappe, mais le bougre a un flow flex, et chante juste, il peut donc aller de passages rappés, parfois murmurés (tu sais, comme la voix qui te parle à l’oreille la nuit dans tes rêves), à des passages chantés, et ça, avec une maîtrise toute naturelle.

Les textes brossent les côtés sombres de la vie, ceux que généralement on cache, Nick faisant le choix de nous entrainer dans des histoires très introspectives et personnelles, alternant entre dureté et magnificence. Le prods sont clairement trap, très cold et lentes, la basse pilonne et vrille le cerveau avec détermination, mais le rappeur a également un grand sens de la mélodie, ce qui sort le disque du désespoir, il y a une forte dimension Lively Art dans son travail, et le tout s’écoute avec une grande facilité.

En fait pour parler de Nick Dire le mieux placé est sans doute Adam Walter, je vais donc lui emprunter cette définition : « Écouter NICK DIRE c’est conduire à travers un film noir dont les personnages sont corrompus, sexy, et meurent tous à la fin »… Merveilleux résumé !!!!

KAI REZNIK – WHILE THE TOWN’S SLEEPING

Beau retour pour Kai Rezenik avec ce format court de 3 titres. Pour ce deuxième projet solo, celui qui est la moitié du duo Fragile Figures, a choisi d’inviter Sasha Andrès pour assurer la partie vocale.

Mélodies subtiles et ouvragées, synthés entêtants, nous entraînent irrémédiablement dans une errance nocturne gorgée de mélancolie, où les nappes de voix éthérées viennent souligner le côté implacablement glacé des prods.

Le tout forme comme une sorte de bande son idéale pour un chimérique flirt-date avec la Dame Blanche…

Un seul regret à formuler, 3 titres, quand ils sont de cette qualité, c’est bien court !!!!!

NEW AGE DOOM & LEE « SCRATCH » PERRY – LEE « SCRATCH » PERRY UIDE TO THE UNIVERSE

Pour ce qui allait devenir son projet testament, le Maître Perry, toujours friands d’expérimentations, a choisi de collaborer avec des « droneurs bruitistes » canadiens, le duo New Age Doom. Aidés d’une brochette de musiciens plus talentueux les uns que les autres, apportant leur savoir faire, aux percutions, à la trompette, à la basse, …, ils tissent une voûte céleste musicale, véritable écrin de dentelle, où l’Oracle Perry vient poser ses textes cosmiques, empreints d’une envoûtante poésie, et, tel un prédicateur gourou, nous délivrer ses recettes du bonheurs et du bien-être. Un grand bol de Chill sauce Dub Drone, plein d’une positivité propre à réchauffer nos âmes endolories par l’hiver qui s’annonce sous couvert de délétères menaces sanitaires.

ED SCISSOR – JOYSVILLE

Nouvel album du poète rappeur anglais. Comme toujours Ed Scissor nous plonge dès le début dans un trip darko futuriste bien sombre, dans des ambiances très Blade Runner. Les prods minimalistes, au motif répétitifs, ont une fonction hypnotique évidente. En quelques secondes, nous voilà arraché au quotidien, à la réalité, toutes connexions coupées, à l’écoute unique de ses textes, prêts à plonger avec détachement dans ce monde sombre, où pas grand-chose ne va, éclairé de point en point par des lueurs d’espoirs, des accents chauds aux relents d’amour. Joysville n’est pas un disque qu’on écoute, c’est une expérience poétique interactive, qui laisse à voir par anticipation un monde possible mais pas irrémédiable, sans certitudes, un disque source d’une forte introspection, une mer intime dans laquelle on se baigne avec un plaisir sans cesse renouvelé.

VALGIDRA – WATCHED WATCHERS

Pas facile d’écrire sur le nouvel opus du rennais, sa quatrième sortie chez IRM, sans paraphraser l’excellent article du poto Seb Lapin, qui a détaillé cet album par le menu. Je ne vais donc pas me lancer dans l’exercice périlleux de la reformulation à coup de synonymes. Mais je voulais vraiment que ce disque, que j’apprécie grandement, figure dans cette sélection. J’avais beaucoup aimé le très « Twinnien » Warplush Vol.1, un très bon disque très typé IDM 90, et j’aime beaucoup ce Watched Watchers pour les raisons opposées. C’est un disque contemporain (si tant est que ça veuille dire quelque chose), aux influences multiples, plus pop. L’artiste y mêle habilement les boucles et les instruments, et au final on navigue dans un océan d’éclectisme, aux accents tantôt trip-hop, tantôt ambient, groovy parfois, pour une narration dynamique, ô combien percutante, de la paranoïa mondiale qui parcours la planète depuis 2 ans.

GROSSO GADGETTO – WORLD RULED BY BIG PIGS

Nous avons déjà parlé ici de Grosso Gadgetto, artiste lyonnais officiant le plus souvent dans une sorte d’Abstract Indus Noisy, souvent expérimentale.

Le bougre est talentueux (ultra!!!) et hyper prolifique. Il multiplie les sorties, les collabs, bref difficile de passer à côté. Ce ne sont pas moins que 4 projets, complets, aboutis, qui sont sortis en novembre, en solo ou accompagné.

Dans ce monde régi par des gros porcs, le machiniste lyonnais nous déroule toute l’étendue de son dégoût, et de sa rage, face à la gestion catastrophique de la « crise » des gilets jaunes par nos dirigeants, et leurs séides médias.

C’est donc d’un album de colère, d’un album de lutte, dont il est question. Les drones sont là, guerriers, les beats se font martiaux et marchent au pas de charge, les boucles nous plongent dans une vague de stupeur paranoïaque et les synthés se font tranchants comme la fille préférées de Monsieur Guillotin… On est Là !!!!

Il suffit de lire les titres pour s’en convaincre, ce n‘est pas du Ronsard qui nous attend, d’ailleurs il est intéressant de constater que la quasi absence de mots rendent le propos encore plus percutant : Gaz for the people, Conspiracy Theory, Industry of death,… Le ras le bol est là, le seuil d’acceptation est passé depuis longtemps. C’est la GUERRE !!! Qu’on se le dise sous les moulures dorées des palais, mépriser son peuple, martyriser un peuple qui ne veut que vivre décemment, contraindre son peuple au silence et à la résignation par la force, le trucage et le mensonge, c’est jongler avec des grenades dégoupillées.

Bravo à Grosso Gadgetto pour ce gros kick indus, à l’esprit punk combattant, qui renverse les têtes !

A noter l’artwork de folie réalisé par Marie-Claire Cordat et servant à merveille le propos.

Arbeit macht spaß (partie une)

Comme tu le sais très certainement, invocateur du Mythique PanikMagz, rendant grâce à la bonté de la nature de l’avoir doté d’une paresse sans pour autant connaitre l’ennui, ton servile serviteur coulait des bonzes paisibles jusqu’au jour où ce qui devait advenir, « advena ». Rattrapé par son inexorable et impétueuse nécessité de posséder des biens de consommation tout aussi négligeables que méprisables, ton héro inavouable saisit, chevaleresque, ses couilles à deux mains après les avoir sorties d’où tu sais, à regret, puis à loué pituiteusement son corps au grand patronat. Bref, j’ai trouvé un travail.

Tripalium – Valeurs Futures
Le travail c’est la santé

Fidèle à mes origines il m’était impossible de ne pas, hameçons accrochés aux commissures des lèvres, aller affronter la pluie, le gel, le soleil et le tonnerre inhérent à mon territoire afin, humblement, de cueillir des rêves. Des de toutes les couleurs! Tu verrais ça comme c’est beau un champ de rêves. On se croirait à la mer.

Il est indéniable que j’ai un don tout particulier pour me faire bien voir auprès des grands chefs. En grand seigneur que je suis, je t’offre mon secret. A mon arrivé pour l‘entretien d’embauche (qui se résume à donner des papiers pour légaliser administrativement le bazar), voyant un jeune homme, à la cool, grosses lunettes de soleil accrochées à son regard et mains dans les poches, j’ai l’excellente idée de lui demander de m’indiquer le bureau du dirigeant de l’entreprise et de nous préparer un café. C’est bien ça le rôle d’un stagiaire. Me trompe-je ? Tout en penchant son buste en arrière avec une extrême assurance il me répond tout en retenu avec cet accent propre aux chicanos cradingues des westerns italiens: « ha! ha! ha… ». Ah! je crois que c’est lui… Au moins les présentations sont faites. J’ai comme le sentiment que je vais bien rigoler.

Un stagiaire doit-il vraiment être payé?

Je vais t’épargner l’ennui des détails techniques sur la cueillette de ce produit merveilleux et plurimillénaire et vais axer la narration sur l’ambiance et les rencontres que j’y ai faites. Soyons honnête, niveau ambiance, on est loin du carnaval de Dunkerque si l’on excepte les cris, les accoutrements fais de brics et de brocs et les blagues de cul façon camarades de chambrée. En fait on s’y croirait. Pour commencer le premier jour (en même temps c’est difficile de commencer le deuxième jour, n’est-il pas ?) nous nous sommes trimbalés par équipe (dans l’absolu du moins, dans les faits ça ressemble plus à du « fais ce que tu peux on verra bien après ») dans de petits wagonnets qui brillent par leur sobriété. Cette petite balade bucolique n’est pas sans rappeler le livre des glorieuses années, fort de son succès littéraire, de notre cher Emile Zola, le charbon et la tuberculose en moins. Au premier virage d’un des tracteurs multifonction conduit par les chefs d’équipe j’aperçois comme un violent basculement d’un chariot éjectant de celui-ci un jeune homme alerte et réactif malgré l’engourdissement du froid et du sommeil. Tu vois un peu l’ambiance. Quand je te dis que je vais me marrer, c’est pas des blagues. On se croirait au cirque. Cependant il s’opère un changement d’atmosphère radical dès que nous sommes débarqués sur le lieu de notre labeur matinal. Des cris, des gens qui vont à droite, puis à gauche, puis en haut, puis en bas, puis en diagonale, de faire le tour de moi-même avant d’effectuer le chemin inverse au gré des invectives de ceux que je suppose nos supérieurs hiérarchiques directs. Il y a de tout niveau populace et tout le monde est mélangé. Du yougo, du porto, de l’espingouin, du polak, du barbu, de la fatma, du gaulois souchien, de la végane… Mais contrairement aux idées reçus et préconçus il n’y a aucun noir. C’est bien la preuve qu’ils ne montent pas aux arbres. Dans vos dents les fachos!!! Pour ce qui est du travail, de ce côté là les copains, je ne peux pas vous défendre.

Rentrons à présent dans le vif du sujet avec l’étude plus approfondi, à l’échelle individuelle, de l’âme tortueuse mais néanmoins lumineuse de l’espèce humaine.

Femme matelot Popeye Déguisement - maskworld.com

Popeye, du fait de sa trogne clopobec, notre chef. Si tu es dans la condition sociale où tu es contraint de te farcir une tronche qui ne te reviens pas, te donnant des ordres avec un ton qui dans la sphère publique serait inacceptable, je ne peux que te souhaiter de tomber sur l’engin qui m’est attribué. Une fois l’ordre relativement rétabli dans les différentes factions, cette bête là est tout amour. Jamais de coup de pression pour accélérer la cadence, tout le monde peut parler tant que les rêves emplissent les chariottes, rigole même avec nous à la moindre phrase au double sens graveleux. Quand ces supérieurs lui mettent la pression niveau rendement, on se sent défendu et s’il faut finir un chargement complet rapidement: motivation par l’exemple. Avec un chef comme ça je pars à la guerre les yeux fermés. Enfin façon de parler. C’est un véritable phénomène qu’il faut chérir et sanctifier. Et quel appétit (de l’estomac, pour le reste je laisse ma place aux autres) pour un bout de femme comme elle.

A suivre…

Sous Les Radars – oct 21

Nouveau volet de notre sélection mensuelle dont le principe est de présenter succinctement 3 à 5 projets (frenchies ou kinris) des 30 derniers jours, issus des marécages (ou non), aux confins du cloud, parus « sous les radars », souvent loin des lumières et du battage médiatique. Le but n’est pas de faire un classement, l’objectif est tout simplement de vous donner envie d’écouter autrement, « plus loin »

Le mois d’octobre s’est avéré être relativement « calme » en matière de sorties. Au rayon de la cavalerie je ne retiendrais que le Bottom des City Morgue (oui je sais ça vire à la monomanie mais à chaque fois ils font mouches) ou le controversé Punk de Young Thug que j’ai vraiment apprécié. Mais bon chez Panik Magz notre truc c’est l’exploration, la prospection, la mise en avant de pépites oubliées par les poursuites de l’actu, donc comme souvent j’ai donc choisi de plonger dans les profondeurs, loin sous les radars pour porter à votre attention quelques pépites mûrement choisies en me basant uniquement sur la persistance émotionnelle qu’elles m’ont procurées. Outre donc les 2 pépites déjà citée mon mois c’est trouvé rythmé par les Ceiling Demons, P,Wrecks (quel disque!!!!), Heir Max, Ecid, Lk, dont nous parlions le mois dernier et qui continuent de m’enjailler quotidiennement, cette Play List s’étant vue renforcée par 5 albums dont nous allons parler maintenant.

  • ATMOSPHERE – WORD ?

En ce mois d’octobre, comme chaque année depuis trois ans, le duo de Minéapolis revient avec une parution. En l’occurrence, tout comme l’an passé, avec un vrai nouvel album. Dans le SLR du mois d’octobre 2020 nous vous avions parlé de « The Day Before Alloween » et nous avions loué le côté prise de risques, expérimentations, de ce qui était alors le seul vrai nouvel album de Ant et Slug depuis de nombreuses années. Dans ce nouvel opus, aux forts accents de boom-bap nappé de pop, Atmosphere fait le pari inverse et choisi de revenir à un son plus habituel, plus consensuel. Ce disque nous parle du temps qui passe, de l’être qui change et se bonifie, de résilience, de continuité, de détermination, de compulsions obsessionnelles, des détails de la vie que l’on ne peut pas apprécier sans avoir connu la misère, mais aussi de thèmes plus intimes sur l’insomnie, de volonté de rester seul avec sa famille, d’une nuit où un membre du duo était censé mourir, d’amour, de trahison… L’album de 14 titres se termine en apogée par un magnifique morceau (Barcade) en featuring avec Aesop Rock et le regretté MF Doom, titre sorti en single et servit par un clip mode « Game Boy » très efficace. Ce WORD? devrait donc ravir tous les fans de la première heure avec des prods et des flows au niveau de leur meilleur d’il y a vingt ans. Un disque qu’on aime pour les raisons inverses du « Day Before », un disque où le duo revient à son top, montrant ainsi qu’ils n’ont rien perdu de leur talent, un disque d’une efficacité remarquable, ultra addictif, un disque à poncer sans limite !!!

  • CESCHI – THEY HATE FRANCISCO FALSE (15 years remastered)

Bien que nous consacrions généralement ces lignes à la découverte de nouveautés nous allons pour une fois mettre en lumière un album d’une quinzaine d’année, qui, à l’occasion de cet anniversaire, est ressorti en version remastérisée.

Nous vous avons déjà parlé ici de Julio Francisco Ramos aka Ceshi, que l’on retrouve dans plein de projets indie rap de la scène underground West Coast et co-responsable avec son frère David du superbe label Fake Four.

Ceschi fait partie de ces artistes inclassables, polymorphes, multicartes, touche-à-tout, maniant la 6 cordes avec une grande dextérité et doté d’un flow d’une flexibilité peu commune. Au fil des années on l’a vu apparaître, avec toujours une grande efficacité, dans une foultitude de projets allant du jazz rap à la folk en passant par la crunk, la synth pop ou le psyché !!!

Après un premier album véritable meltingpot de toutes ces facettes, pleins de trouvailles mais très foutraque, Ceschi sortait en 2006 « They Hate Francisco False », disque qui allait devenir une référence du genre. Dans ce disque dictée par une histoire d’amour déçu, l’artiste canalise toute son énergie et son inventivité vers une « pop rap sucrées » aux propos doux amers, mêlant habilement guitare sèche, instruments acoustiques, synthés, scratches, quelques boucles, avec des partie chantées très mélodieuses et des partie rappées en diable.

L’ensemble est d’une cohérence redoutable et dévoile un grand sens de la mélodie, offrant un aperçu de ce qu’aurait pu être un album des Beatles si ils avaient eu 20 ans dans les 00…

Cette remastérisation est donc l’occasion de (re)découvrir ce véritable bijou (ce n’est vraiment pas usurpé) dans lequel devrait se retrouver les fans d’indie-rap comme les fans de pop sucrées aux accents psychédéliques…

  • CULT OF THE DAMNED – THE CHURCH OF…

Nouvel opus pour le mythique et pléthorique collectif UK, sorte de Wu-Tang Clan d’outre-manche. Né juste après le milieu des années 2000 sous le patronyme de Children of The Damned le crew anglais change de nom en 2015, pour adopter le patronyme de Cult of The Damned.

Formé autour des producteurs Lee Scott, Dr. Zygote, Reklews, Zircon et Bisk, le Cult attirera au fil du temps une foultitude de MC’s grand-bretons, tels que l’omniprésent Lee Scott, Bill Shakes, Barebase, Salar, King Grubb, Tony Broke, Milkavelli, Black Josh, Stinkin Slumrok, Sniff, Sly Moon, Sleazy F et Bisk. Chacun vient avec son style et sa personnalité, sa folie, son flow, le tout restant articulé autour de Lee Scott, véritable cheville ouvrière, pivot du collectif, qui assure la cohésion des projets. La fine fleur des plus talentueux prodos ou tchacheurs anglais a, à un moment ou à un autre, travaillé avec cet incontournable Cult. Cet album, aux relents 90 très bien portés, ne déroge pas à la recette et nous délivre un rap habité, malin, taillé sur des lyrics de jongleurs de mots qui osent toutes les acrobaties et lâchent les chevaux sur des prods boom-bap diaboliquement lentes, dépouillées et obscures. Avec cette pépite le formidable label Blahrecords nous offre toute l’essence du meilleur de la scène anglaise, un panel tellement riche et convaincant, qu’il est certain qu’après l’écoute vous voudrez à tout prix vous vouer au Cult et que pour entrer en religion au plus près des officiants vous demanderez la nationalité anglaise.

  • GROSSO GADGETTO FEAT INNOCENT BUT GUILTY – BASEMENT

Grosso Gadgetto et Innocent But Guilty, deux artistes français oeuvrants généralement dans un abstract indus expérimental de haut vol flirtant avec le drone, ont déjà, individuellement, été l’objet d’articles dans Panik Magz, car les deux sont singuliers, productifs et talentueux. Chacun à son style, son univers, mais le cousinage est évident, les univers complémentaires et la réunion des deux artistes faisait tellement sens qu’on en vient à s’interroger sur le pourquoi est-ce que ça ne s’est pas fait avant. Une collaboration hyper prometteuse sur le papier, qui à l’écoute confirme, et s’avère bien plus que ça. L’album pèse allègrement ses 75 minutes (mais on ne les voit vraiment pas passer) revenant à des standards d’un temps où on écoutait les albums en mode album (de la première à la dernière minute). Dès le départ on cruise dans des territoires obscures, dans une vague de « sombritude » avec des accents oniriques parfois, où se mêlent l’ambiant, le dark downtempo, des pointes de psyché-noisy et des flows de synthés qui nous ramènent parfois au meilleur de Brian Eno période Berlin. Ouchhh !!! Ça soulève et sa prend aux trippes !!! Le tout est mélodiques, hyper immersif, il faut juste lâcher prise, se laisser porter par la vague et c’est avec délectation qu’on se plonge dans les bains acides successifs, qu’on entame cette traversée pour se dépouiller de nos enveloppes charnelles trop étriquées, pour oublier nos âmes trop lourdes, pour atteindre un stade d’immatérielle hyper conscience et, quittant le Styx, entamer la remontée finale, quasi martiale, vers la lumière. Magistral !!!!

ROMAN NON – THANKS, I HATE IT

Un mois après la sortie de l’album en featuring avec Zebadiah Witch, le label français Solium, renouvelle la potion avec ce nouvel album solo de Roman NoN. Alors que « Tha Wind… » se révélait clairement dans une lignée Trap post $uicideboy$, cet album solo lui est très intimiste et nous délivre un alternative emo rap de la meilleure facture. A l’écoute plusieurs références viennent à l’esprit, dans le rap mais aussi dans la pop. On ne peut s’empêcher d’entendre Marilyn Manson ou Depeche Mode parfois, mais en fait ce ne sont que des accents, des ambiances, des traitements de voix. En dépit de ces références (ou grâce) il semble clair que Roman NoN ne fait pas dans le pastiche, qu’il a su trouver son propre son à base d’arpèges de guitares amplifiées, de pianos dépressifs, de synthés divers, de discrètes boites à rythmes, le tout au service de textes taillés au scalpel comme des veines de suicidé. Les prods obscures sans être black, solides et variées, accompagnent merveilleusement bien des vocaux ultra flex, allant dans le même espace du rap chantonnée au glutural death en passant par du peura véner, des morceaux maniant la mélancolie et le spleen sans jamais tomber dans le désespoir, et, à l’arrivée un disque ultra addictif, en prise direct avec l’âme, en bref tout ce qu’on attend d’un album d’emo. Décidément Seattle nous livre bien des pépites en ce moment !!!

Sous Les Radars Septembre 21

Nouveau volet de notre sélection mensuelle dont le principe est de présenter succinctement 3 à 5 projets (frenchies ou kinris) des 30 derniers jours, issus des marécages (ou non), aux confins du cloud, parus « sous les radars », souvent loin des lumières et du battage médiatique. Le but n’est pas de faire un classement, l’objectif est tout simplement de vous donner envie d’écouter autrement, « plus loin »…

Après un break estival bien occupé, retour aux enceintes avec quelques beaux projets qui sont sortis ces 3 derniers mois et que je bute avec assiduité. Je pourrais bien sur vous parler du très apprécié Long Term Effect of Surfering des $UICIDEBOY$ (eh oui ! Comme le disait si bien Monsieur Eddy : S’il n’en reste qu’un je serai celui-la!). Je pourrais vous parler des endiablés et très réussis 13 songs 2 Die 2 de SOSMULA et du Dog Boy de son compère ZILLAKAMI, mais ces opus n’ont certes pas besoin de la lumière de Panik Magz pour briller un tant soit peu. Comme souvent j’ai donc choisi de plonger dans les profondeurs, loin sous les radars pour porter à votre attention quelques pépites mûrement choisies en me basant uniquement sur la persistance émotionnelle qu’elles m’ont procurées.

  • CEILING DEMONS – SNAKES & LADDERS

Pour ses 10 ans d’existence le collectif du North Yorkshire s’offre la sortie de SNAKES & LADDERS, son quatrième album. Le groupe se forme en 2011 mais c’est en 2013 que les médias découvrent ces chantres de l’Alternative Rap, à l’occasion de la parution de leur 1er album. A mon sens pour de mauvaises raisons : ce qui a excité la « rapposhère » ce sont les jumeaux, des violoncellistes, officiant dans un groupe de rappeurs masqués. A cette époque Apocalyptica est un groupe phare de la scène métal, donc avec des rappeurs à violoncelle la jonction est facile et c’est le buzz  assuré !!! Mais passé la hype média, forcément éphémère, ils furent vite laissés pour compte. Pourtant le groupe poursuit son chemin et après une relative « traversée du désert » se rappellent à nous en 2017 avec le très bon et très sensible Nil (leur 3ème album). Après ces années de relatives galères, cet opus est comme un aboutissement et trouve son public, mais les jumeaux se sentent au bout d’un processus. Ils se séparent (physiquement) assez longuement, l’un reste en Angleterre et l’autre part vivre en Allemagne. Cette séparation fût un véritable « Phénix » pour le duo siamois et après de longs mois loin l’un de l’autre, leurs retrouvailles, pleines d’envie et foisonnant d’idées, sonnent le démarrage de ce nouveau projet. Chargés d‘émotions les deux frères vont s’adjoindre les services de Beat Demon, Shadow et S. Reed pour se lancer dans la réalisation de ce nouvel album. Ils expérimentent de nouvelles méthodes d’écriture. Ils enregistrent « vintage » avec des prises de son en direct et de vrais instruments, émaillent plusieurs titres d’odes déchirantes interprétées par le violoniste de Celtic Jazz ANDY LAWRENSON et s’adjoignent le renfort de la voix profonde (et très post-punk!!!) de ZARAHRUTH sur la majorité des morceaux. Il poussent le luxe jusqu’à faire deux étonnantes, et remarquables, collaborations avec la légende LEE ‘Scratch’ PERRY, sur Freedom Fighting Dystopia (étonnant comme le riff et le flow rappellent instantanément le mythique Sonic Reducer des Dead Boys !!!!) et sur le dernier morceaux de l’album Reprise of Light où Maître Perry égrène son poème avec une émotion prégnante.

Le résultat est REMARQUABLE !!!!

On plonge tour à tour dans des morceaux Alternative purs acoustiques, tendus, fragiles (All Let Go) ou dans des morceaux aux sonorités beaucoup plus électro (Jupiter) , les arrangements sont clairement post-rock, et l’adjonction de voix aux timbres post-punk amènent une plus-value indéniable.

Les chansons inspirées par le « rise en fall » permanent de la nature, conjuguent le chaos et la liberté pour nous parler de conditions humaines, de difficultés socio-politiques, des angoisses mondiales, de luttes et de maux intérieurs, de recherche de la paix absolue.

Le tout sonne on ne peut plus juste, est profondément humain et si vous me lisez encore et n’avez pas encore appuyé sur le bouton « Play » juste au dessus, faites le rapidement, vous n’en sortirez pas indemnes !!!

  • HEIR MAX – THE MOMENT -20

Max est la moitié du duo de rap Texan ALLIGATOR FOOD et THE MOMENT est son premier projet solo après la mort accidentelle de Scotty Sixo son alter ego « alligatorien ».

Ce projet est né pendant la pandémie. Max dans une période difficile a eu envie de revenir sur son enfance dans les rue de Dallas, sur les flics corrompus, sur la dépendance, sur la pandémie, la dépression et cette recherche effrénée du bonheur qui nous pousse à tellement d’extrêmes.

De manière inattendue, surtout pour un rappeur Texan, Max cite Dave Gaham, Trent Reznor ou Dead Kennedys (Heil The Bat!) dans ses principales sources d’inspirations. Ces influences diverses donnent naissance à des refrains accrocheurs, posés dans des paysages sonores, faussement légers et, moroses sans toutes fois être Dark, de bonne facture. Les prods sont assurées par Moodie Black, Factor Chandelier ou encore Progeny, des références du genre.

Du côté des textes Max œuvre dans l’efficace ! Pas de fioritures ici, peu de métaphores, pas trop de délicatesse et un chat s’appelle un chat ! Il a un style direct, immédiatement accessible (même pour une quiche comme moi en anglais).

Ces traits de caractères, mêlant des influences uniques, un style direct, efficace, des rimes percutantes et des prods à la « sombritude » affirmée sans être étouffantes, donnent un Ep très réussi qui souffle un grand coup de frais dans le son Texan et permet en même temps à ce jeune artiste de se détacher nettement du lot en affirmant, ce qui est rare pour un premier tir, un style clairement identifiable, un son qui lui est propre.

  • p.WRECKS – Apricot Preserves.

Nouvel opus, tout frais sorti, du rappeur-exploreur de Seattle. P.Wrecks, un nom d’avion de chasse ! Avec un nom pareil, évidement ça fly high ! Un album tout en maîtrise et en retenue, à la marge du rap, de l’expérimental, de l’abstract pour cet artiste inclassable. A mon sens le terme qui le défini le mieux, figure dans les mots clés de sa page Bandcamp : crypt-hop … ça sonne un peu fourre-tout mais il suffit de mettre l’album en lecture pour que le terme prenne sens et livre toute sa dimension.

Ceux qui me connaisse un peu savent à quel point je suis adepte de la lenteur. En la matière nous sommes là face à un sommet du genre, une sorte d‘éloge à la slowlife. Attention ! Ça rappe, hein ! Il y du texte et du flow, et ça ne fait pas semblant !!! Mais les prods sont hyper lentes, avec juste la dose de « darkitude noisy » qui va bien.

Les prods, justement, sont assurées par une brochette de prodos, que personnellement je ne connaissait pas, mais dont les noms et les prods sont teintés de verte, de violette et, comme des eaux fortes musicales, clairement brûlées à l’acide (dans une ambiance qui rappelle souvent le meilleur des BSBD) : Calmer LSD, Dungeon Loud, Blunted Sultan, …

Côté voix le bougre s’adjoint également quelques renforts (Wadding Birdz, Nameless Myst, Jackprogresso et Oldes). Coté textes il est question, entre autre, de chouette, de chauve-souris, de mouettes, de venin, de mangouste, et en dehors de ce bestiaire glauque, de foi, de séparation…

Enormément d’intervenants extérieur donc, mais le tout à vraiment l’unité d’un album. p.Wrecks sait s’entourer et c’est aussi la preuve d’une grande maturité artistique. L’ensemble sonne de ouf, les prods sont intenses, prenantes, sans être angoissantes et les lyrics bien perchés ont un flow qui crucifie ! En somme un album imparable et hyper addictif !

Pour finir de vous convaincre, je ne peux que citer l’artiste lui même, dans une tirade qui donne toute la dimension de son univers créatif et de sa poésie : « Mon histoire ne peut jamais être racontée. Je l’écris encore et encore, partout où nous trouvons refuge. J’écris de ce que je ne peux pas dire : la vérité. J’écris tout ce que je sais, puis je jette ces pages au vent »

  • ECID – ZEN REPAIR

Ecid est un rappeur/producteur originaire de Minneapolis, qui vit et opère à Brooklin. Il officie, depuis un peu plus de 10 ans, dans cette catégorie devenue un peu fourre-tout du Hip-Hop expérimental, souvent dans la lignée des Run The Jewels, Sadistik ou Ceschi, et délivre un rap sans concession, qui offre la particularité d’être en mutation continue. Ce Zen Repair ne sort pas de la voie tracée : Faire fis de l’existant, et, tracer un nouveau chemin, sortir un Hip-Hop sans concession, qualitatif, intelligent, flirtant avec des sonorités ou des thèmes inattendus, sans s’enfermer dans une recette figée et forcément castratrice. Une fois encore ça fonctionne ! Le bougre est un pur créateur ! Les synthé sonnent furieusement 80 dans des ambiances post-punk affirmées, et pourtant le tout sonne actuel, les textes et les flows sont déstructurées, le tout respire l’engagement et l’intelligence (au sens premier du terme). Moi je dis, du rap comme ça c’est un GRAND OUI !!!!

  • ROMAN NON & ZEBADIAH WITCH – THA WIIND AGAINST MY BONEZ

Décidément Seattle nous livre des pépites en ce moment !!! Dans la vague Trap expérimentale un magnifique projet en commun entre Roman Non et Zebadiah Witch sorti sur Solium, l’excellent label français. Sur des prods sans concessions, les deux compères nous lâchent des lyrics taillés au scalpel, sur des flows qui devraient ravir les fans des $uicideboy$ ou autres City Morgue. Au rendez-vous une ambiance noire, torturée, Punk en diable, mystique, ultra hypnotique, et à l’arrivée, c’est imparable avec ce genre de plates (!), les cervicales en compotes !!!

  • LK DE L’HOTEL MOSCOU – SAN-FRANCISO 2021

Impossible de terminer cette revue sans vous parler de cette excellente initiative. San- Francisco, le premier album solo de LK, est, avec le temps, devenu un album mythique. Certes, mais avec les années LK a évolué, il a amélioré sa technique, son flow, son matériel et donc une dose d’insatisfaction demeure entre ce qu’est l’album et ce que, vu la force des prods mais surtout la grande dimension poétique des textes, il aurait pu être. Lk en est conscient et surtout c’est l’avis de sa femme, qui va finir par le persuader de sortir cette version 2021. Ce que j’ai toujours aimé chez LK c’est que c’est un vrai artisan, au sens propre du terme. Pour la plus-part des artistes dans cette situation, on ressort les bandes, on remix et remastérise et hop, c’est sorti. Mais pas pour LK . Non, lui il décide carrément de refaire l’album. Mais quelle bonne idée ! Et quel talent !!!! Retour en studio donc pour refaire une bonne partie des voix, des instrus, ajouter des chœurs, des cordes, … Evidemment, tout ne peut pas être refait, les pistes de Bones, SpaceGhostPurp, etc, restent les mêmes, mais avec le nouveau mix et mastering en studio (à Atlanta) avec un vrai Pro même ces « vieux » éléments prennent une nouvelle dimension. Donc San-Francisco on le connaît déjà, mais en même temps c’est entièrement nouveau, actuel et on le découvre comme un vrai nouvel album !!! Du vrai bel ouvrage digne d’un compagnon du tour de France !

LK a décidé de mettre en bonus notre single en commun, Vertigineux , qui date à peu près de la même époque, pour les gens qui achètent l’album. Le single lui aussi a subit le même traitement, voix plus claire, basse plus claire, adjonction de cordes et chœurs après le deuxième couplet… Lk, Snuffonov, les potos, après la réécoute de cette nouvelle sauce de Gorille dans la Brume je sais qu’on est plusieurs à rêver à un nouvel album d’Hôtel Moscou, mais bon j’dis ça j’dis rien …

SOUS LES RADARS – Juin 2021

Nouveau volet de notre sélection mensuelle qui présente succinctement 3 à 5 projets (frenchies ou kinris) des 30 derniers jours, issus des marécages (ou non), aux confins du cloud, parus « sous les radars », souvent loin des lumières et du battage médiatique. Le but n’est pas de faire un classement, l’objectif est tout simplement de vous donner envie d’écouter autrement, « plus loin »… Une multitude de beaux projets sont sortis en juin, on pourrait entre autres citer Maeki Maii et son RUBIS SUR L’ONGLE ou le CODEX & GIGAS d’Eloquence & Joe Lucazz, la sélection a donc été compliquée, et j’ai, puisqu’il fallait choisir,  essayé de me concentrer sur les sorties qui m’ont apportées le plus d’émotions.

  • COULEZ MES LARMES, DIT LE POLICIER du label MAUVAIS SANG

Le label manceau a lancé l’année dernière quelques invitations à différents artistes de la scène underground francophone qu’ils apprécient particulièrement. Après quelques mois de gestation le projet vient donc de sortir avec pour titre cette référence au roman de Philip K. Dick et des ambiances à la hauteur de celles développées dans l’œuvre de ce maître de l’anticipation. Outre son indéniable qualité artistique, l’originalité du projet est d’offrir une sorte de panoramique de ce qui, à mon sens, se fait de mieux aujourd’hui dans la scène underground francophone, tout en évitant l’écueil du confinement en chapelles, et de réussir à donner une homogénéité d’album à des artistes œuvrant dans des univers aussi différents que le cloud, l’abstract, l’alternative ou le boom-bap. Ce qui est fou, et qui prouve l’ingéniosité dans le « recrutement », c’est que le label ne donnait pas de directives particulières, chacun creusant son propre sillon, et qu’à l’arrivée on se retrouve avec une belle homogénéité d’ambiances éthérées, sombres, violentes pour aborder des thèmes aussi variés que, la rue, les violences policières, la science-fiction, l’écriture, le cinéma d’horreur…

Au niveau du casting, c’est une véritable dreamteam et je vais les citer tous ! Ainsi vous retrouverez sur ce disque Dakota, LK de l’Hotel Moscou, Corrado, Mind The Beats, Skalpel, L’Apache, Lou Rid, Takeshi Mohammed, Monsieur Saï, Monsieur Connard, Moïse The Dude (assisté de JubOs à la console et Monkey Green au scratchs), votre serviteur (R$kp), Les Chevals Hongrois (cf SLR du mois dernier), Bœuf, La Main Gauche, Stekri, Sooolem, Mitron Skovronski, Drache, Gun Pwoder, Skyzominus, Maeki Maii et Trep1 !!!

A noter que le disque est disponible en digital « Name Your Price » [vous connaissez le système, vous donnez ce que vous voulez entre 0 et le PIB du Qatar et vous obtenez un lien de téléchargement] et en CD (10.00€) pour les collectionneurs et les passionnés les plus déters…

Mention spéciale pour l’incroyable folie « punk » de la pochette réalisée par Emma Goldmann (non elle n’est pas ressuscitée pour l’occasion !) l’avatar de Monsieur Saï pour la prod musicale et visuelle.

Du bon boulot d’artisan fait par le jeune label manceau qui mérite vraiment votre soutien.

  • DATKID & ILLINFORMED – WAKMO

Nous avons consacré un article à la parution de cet album. Projet commun donc entre deux hommes qui se connaissaient déjà et avaient déjà travaillé ensemble. On sent la connivence et l’émulation. Cette nouvelle collaboration débouche sur un opus qui sonne résolument 90’s tout en étant moderne et qui en 20 titres réussi la prouesse de ressusciter la flamme du Britcore, allumée par les légendaires Gunshot au début des 90 [pour les plus jeunes, les Gunshot ont été les inventeur du son anglais (si en vogue aujourd’hui) se différenciant nettement par ses apports (entre autres « jamaïcains ») du hard-core US de l’époque, genre qualifié par eux à l’époque comme Britcore]. Il s’agit d’un disque beaucoup plus lumineux que les précédentes parutions de Datkid et cette énergie positive, sans toutes fois être béate hein, il est toujours question de rues et d’histoires sordides, etc…, cette énergie donc, se déverse avec bonheur dans nos conduits auditif pour nous amener le soleil qui nous manque tant dehors en ce début d’été si morose.

  • HIDEOR TILD – HOME DIRECTORY

Un projet relativement hors-normes pour notre rubrique, mais véritable coup de cœur. Hideor Tild est membre des BLUE HAIRED GIRL et réalise ici son premier projet solo. Le point de départ du projet est constitué de morceaux joués à la guitare acoustique (cordes nylon) sur lesquels l’artiste revient sculpter, développer, des atmosphères, des motifs, variés, singuliers, mêlant habilement les instruments d’Afrique à des éléments de folk occidentaux, faisant appel aux synthés, aux vocodeurs parfois, aux percus diverses et variées ainsi qu’aux boites à rythmes, à l’électro comme au guitares électrifiées, incorporant de loin en loin des voix du Mexique, du Japon, des chants Inuits ou Touvains…

Ce projet en grande partie instrumental nous parle de spiritualité, de voyage, de rapprochement des cultures, conjugue, rapproche, et nous emmène dans un grand voyage tantôt épique tantôt Intime. Très réussi et initiateur d’introspection, j’ai pu y retrouver les émotions ressenties dans mes premières écoutes des Collection d’Arnell-Andréa, Durriti Column, Wim Mertens mais aussi Jean Philippe Goude, René Aubry, Didier Malherbe ou même d’un Passion de Peter Gabriel. Bravo au label IRM pour cette sortie de choix !

Un disque précieux sans préciosité !

  • HO99O9 – TERRITORY : TURF TALK VOL.1

Sorti en cette fin de mois de juin, le duo de Newark nous livre un projet un peu différent du reste de leur discographie. Il s’agit en fait plus d’un disque d’un nouveau collectif, TERRITORY, dans la « tradition » des grands collectifs qui ont marqués l’histoire du rap, que d’un album de Ho99o9 à proprement parler. Au fil des 18 titres de cet album le groupe n’a de cesse de nous confronter à son extraordinaire diversité créative, entourés d’amis proches ou d’artistes de la même « famille artistique » comme les Pussy Riot par exemple. Toutes les prods sont assurées par theOGM (sous le pseudo de LilBooth) et les ambiances sont beaucoup plus variées et souvent moins percutantes que du Ho99o9 « basique ». Un disque souvent Dark et Loud qui confirme que le duo, et notamment theOGM, est bien plus qu’un simple duo de Punk Rap, sorte de Bad Brains 3.0, et qu’il faudra compter sur eux à l’avenir. Soyez témoin de la naissance de cette nouvelle et très prometteuse écurie, et, surtout participez à l’avènement d’un nouveau producteur/designer (theOGM, qui est clairement en pleine ascension) en allant écouter le disque !

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DATKID & ILLINFORMED – WAKMO

Datkid rappeur basé à Bristol entre dans le rap en 2012 comme membre des « Split Prophets« . Le groupe rencontre immédiatement un vif succès sur la scène Hip-Hop anglaise. En 2013 il sort un single (Home By 8) qui attire rapidement l’attention sur lui en tant qu’artiste solo. Doué d’un grand talent technique alliant, dans un équilibre parfait, la brillance à la sensibilité, Datkid s’est imposé en quelques années comme un des grands espoirs de la scène britannique. En 2019 il réalise avec Leaf Dog le très hard-core « Confession of a Crud Lord » sont premier vrai album solo.

Illformed est un producteur de Hip-Hop. Il entre dans le paysage hip-hop UK à peu près à la même époque que Datkid en tant que membre du trio orienté hard-core « Brothers of the Stone ». En parallèle de sa participation au groupe il commence un trajet de producteur solo. Au fil des années il produit notamment pour Lee Scott ou Verb T et multiplie les collaborations entre autres avec Vinnie Paz, Onyx, KRS-1, Apathy, Sonny Jim, Tragedy Khadafi, et Split Prophets.

Les deux artistes viennent de sortir le 17 juin WAKMO un album commun.

Tout au long de ces 20 titres aux prods originales, Datkid animé par un réalisme cru, déroule les histoires de rues et les récits glauques qui sont devenus sa marque de fabrique. Le duo nous délivre là un pavé gorgé d’énergie brute et réussi la synthèse parfaite d’un boom-bap actuel (aux accents de gangsta rap des 90’s malgré tout) avec les codes du hard-core. Sorte de revival actualisé du britcore des 90 (en plus lourd et plus lents) on y retrouve le spectre des GUNSHOT (les inventeurs du sons anglais) et parfois des accents des Poor Righteous Teachers.

Ce disque devrait faire date et est tout simplement incontournable !

Le tranchant lumineux d’un katana.

Coucou les p’tits loups. En cette glorieuse journée mondiale de sensibilisation aux… passages à niveau je te livre pour ton précieux Panik Magz un nouvel article sur un album de rap.

Je t’arrête de suite dans tes élucubrations intestines sur le fait que le magnanime BennyBoobs se serai abaissé vilement à écouter de la musique (sic!!???!!) d’analphabètes. Pour dire vrai ce n’est pas un choix de ma part mais plutôt une commande insistante d’une connaissance intime. Ce faquin, par pur opportunisme dérisoire (Note pour l’avenir: penser à changer mes fréquentations ou, mieux, arrêter de vouloir en avoir), ne cherchant de part cet éloge, teinté de sperme aux coin des lèvres, qu’à quémander, tel un Bloy désespéré, un couplet pour un de ces enfantements (trop fort! En cherchant un synonyme péjoratif à « artistique » je tombe sur le mot « girond » qui a l’incroyable particularité d’avoir, lui, pour synonyme des mots tout aussi dichotomiques que « adorable », « affreux », « parfait » ou encore « horrible »… ça laisse songeur.) girond. Sur ces précisions indispensables relatives à la genèse de cet article voici mon avis à propos de « Rubis sur l’ongle » de Maeki Maii.

« Après avoir sorti l’année dernière un album froid, introspectif, menaçant, tout autant qu’inquiétant de par les textes et l’ambiance sonore, Maeki revient pour le plus grand plaisir de tes oreilles chastes et innocentes avec, cette fois-ci (42, le compte est bon), un peu de chaleur printanière. L’introduction te met directement dans l’ambiance avec une production musicale bondissante comme des petits lapins gambadants, insouciants, sur les immenses ronds-points des zones d’activités commerciales périurbaines. Il en est de même au niveau du texte avec un champ lexical paradoxal mélangeant peur et bienveillance. Puis débute le début de l’aventure de l’héroïne lumineuse qui t’accompagnera dans de cet opus rafraîchissant. Tout au long de ses errances celui-ci fera tour à tour des rencontres mythologiques, des escapades nocturnes éthyliques, un voyage au pays du soleil levant (Non mais c’est quoi ces conneries?!!! Comme-ci l’astre éclatant, réchauffant nos corps et nos âmes, se levait en premier sur qui que se soit. Aller, vu que je suis magnanime, je concède que s’il se lève en premier sur quelqu’un c’est uniquement sur les cons! Na!) et ses mafieux sanguinaires (et puis c’est quoi cette fascination purement occidentale pour cette culture féodale traditionaliste, protectionniste, renfermée sur elle-même, excepté pour faire du biff, confinée dans son imparfaite perfection à la noix???!!! Oups je crois que j’ai oublié que je ne devais faire qu’un éloge courtois et bienveillant, mes excuses, monseigneur…), pas sanguinaires, donc, mais pleins de classe et de valeurs hautement valeureuses (slurrpp…), une escapade un poil moins orientale mais non moins onirique… Le tout s’achevant avec brio et talent (reslurrpp..) dans les contrées sèches et désertiques de l’introspection morriconesque optimiste.

Voila je crois que tu as les cartes en mains pour prendre ton destin par les cornes et ne pas passer à côté de cet instant merveilleux (que tu peux prolonger à l’infini, et au delà, en achetant le disque, qui n’est pas un diqse) de balades sonores où Maeki peaufine son style désinvolte et élégant sur des créations musicales d’un bon goût ragaillardissant. Personnellement je ne m’en lasse pas. C’est efficace sans être trop simple. Mon passage préféré restant quand même la partie où il chante en italien, ça lui donne, comme par magie, une vrai voix et un flow de qualité. Il paraît même qu’il existe un bonus caché pour ceux qui daigneraient offrir une part de leur pécule en échange de ce trésor. Je recommande plus que vivement. »

C’est bon tu devrais l’avoir ton couplet mon copain avec ça… en attendant je vais m’essuyer le visage je crois que j’en ai pris dans les yeux.

SOUS LES RADARS – mai 2021

Nouveau volet de notre sélection mensuelle qui présente succinctement 3 à 5 projets (frenchies ou kinris) des 30 derniers jours, issus des marécages (ou non), aux confins du cloud, parus « sous les radars », souvent loin des lumières et du battage médiatique. Le but n’est pas de faire un classement, l’objectif est tout simplement de vous donner envie d’écouter autrement, « plus loin »… une sélection 100% frenchie ce mois-ci avec 4 belles sorties, et quatre beaux crushs dans des genres très différents.

  • YURI J & NEUFCUBE – PANORAMA

Très belle sortie que ce PANORAMA, éclot il y a tout juste un mois, premier album revendiqué comme tel de Yuri J, issu d’un travail avec l’écurie de beatmakers Neufcube (RedStar et Roll G) et le très dynamique jeune label LA PHONKERIE. Sur des prods en acier trempé très dirty south Yuri, avec ce flow et sa façon si particulière de raconter des histoires, convoque tour à tour la Tree Six ou Gucci, kicke en diable ou chantonne, joue avec l’autotune parfois (sans en abuser). Au travers de ses textes efficaces et précis, on devine nettement que toute cette errance ne se déroule pas à La Muette ou Maison Lafitte et on apprend rapidement à aimer dériver, sous l’empire de diverses substances, à son côté à travers ces rues qui sentent la nuit et le vice, des ambiances qui ne sont pas sans rappeler ces nuits des années 80 où on allait faire la queue à Saint-Germain, au Drugstore, à 3h00 du mat, atmosphères résumées par cette punchline imparable : « on traîne jusqu’à l’aube car le vice à meilleur goût de bon matin… ». Le résultat est hyper addictif et tout simplement bluffant.

A noter que le projet est disponible en numérique (9 titres en free DL, 17 en version payante) et en K7 (rappelons qu’une K7 vendue c’est comme 1500 streams pour un artiste).

Nous reviendrons très vite sur Yuri J dans un PANIK MEET…

  • MOISE THE DUDE – CETTE SHIT

En avril Maeki Maii nous avait fait un petit « papier » à l’occasion de la sortie de l’excellent CETTE SHIT #1 de MOISE THE DUDE. Ce mois de mai a vu, comme annoncé alors, la sortie du volume 2 et surtout d’une version physique (CD Digipack) et digitale de la réunion des 2 volumes. J’insisterai surtout sur cette édition car si chaque volume séparément est irréprochable, la réunion des deux donne une toute autre ampleur à CETTE SHIT et en fait, le, sans doute, meilleur projet jamais sorti par Moïse. Dès les premières notes et les premiers mots on sent la ride dans la chaleur douce d’un début de soirée en fin de printemps, le bras à la portière (de la Merco ?) l’air épais saturé de sel, en route vers un drive-in californien… Les ambiances, qui résultent de l’alchimie parfaite entre les prods de Monkey Green et les textes cinématographique de Moïse (sans parler du taf de diamantaire de Jub’Os à la console), collent parfaitement au flow nonchalant et détaché du Dude et ce projet (que Mo assure être son dernier format long) est d’une telle évidence qu’on en vient à se demander pourquoi avoir attendu si longtemps pour nous l’offrir ? Cet album est clairement un « Must To Have » !

  • LES CHEVALS HONGROIS – MUSIQUE DE CHAMBRE

Pour présenter cet OMNI (Objet Musicale Non Identifié) grenoblois je vais emprunter les mots du groupe :

« Les Chevals Hongrois » est un ensemble d’individus scandant des juxtapositions sur des rythmes binaires: du rap néfaste à tendance tropicale. Exact. Groupuscule Grenoblois formé en 2005 par Roland Furieux & Muda de Bavière ; ils sont accompagnés dorénavant par Dj BoeufA (quelqu’un de bien) aux platines »

Pur objet de rap artisanal, qui sent le fait main et maison, ce MUSIQUE DE CHAMBRE se présente vraiment comme l’objet insolite du mois. Cet opus aux prods assez minimalistes (mais de qualité) nous délivre des mini-instantanés de notre monde contemporain, teintés d’une dose de hargne, de tendresse, d’une grosse dose d’ironie, d’humour et, surtout, dénote d’un grand sens de l’observation, d’une grande facilité à décrire (avoir plus de 250 mots de vocabulaire ça aide…), d’une culture certaine et d’un grand amour des mots. Les prods, les samples, les flows, la façon de découper, tout nous propulse dans un temps où les mots étaient rois, les textes écrits, où les MC ne sortaient au mieux qu’un projet par an, bref aux racines même du rap. On pense parfois au premier MC Solar, aux Sages Poètes, surtout aux Fabulous Trobadors (et leurs fabuleuses battles de mots et autres jongleries verbales), mais aussi à Monsieur Saï, Drache, Canichnikov, Murmures Barbares… Une pure madeleine de Proust, sans la poussière !

  • 444sins – Mauve

Bien que légèrement hors dates (le projet date de fin février) il était impossible de ne pas parler de ce très bon projet, que j’ai découvert avec retard ce mois-ci et pour lequel je suis quasiment tombé en amour… je ne parlerais pas longuement de l’artiste dont en fait je ne sais pas grand-chose, si ce n’est pour dire qu’à l’écoute de se MAUVE on retrouve les émotions que Peep avait su faire naître en nous, notamment dans ses premiers projets, et que rien que pour ça il fallait en parler ! Un ouvrage donc de très bonne Trap Emo à la limite de l’alternative, qui, tout en « respectant » les codes du genre (la possession, les amours malheureuses, la nuit, le destin, …) a la particularité de nous proposer un vrai trajet personnel, ce qui bien sur détache l’artiste du marigot saturé de l’Emo-post-Peepien. Un disque d’artiste qui a son histoire, son propre flow, des textes finement ciselés où les mots sonnent juste, un timbre attachant, de la nostalgie sans désepoir, … Un univers à fleur de peau donc qui outre la référence Peepiène évidente pourrait se rattacher à l’univers d’un Wit, d’un Lario Nowhere, ou un peu plus plus loin de Zed Young Pavarotti ou Hyacinthe. Surtout prenez le temps de découvrir ce jeune pécheur !

SOUS LES RADARS – avril 2021

Nouveau volet de notre sélection mensuelle qui présente succinctement 3 à 5 projets (frenchies ou kinris) des 30 derniers jours, issus des marécages (ou non), aux confins du cloud, parus « sous les radars », souvent loin des lumières et du battage médiatique. Le but n’est pas de faire un classement, l’objectif est tout simplement de vous donner envie d’écouter autrement, « plus loin »… Ce mois-ci, comme souvent, nous sommes allés faire notre marché au US et plus particulièrement au Texas…

  • BABELFISHH – COMA WORTHY

Babelfishh est un pur produit du rap underground Texan. Il vient de Houston, mais vit maintenant à Washington, rappe depuis 2005 et s’est très vite affirmé comme une figure de l’Alt-Rap. Son nom d’artiste fait directement référence au poisson Babel, sorte de traducteur universel de la série de science-fiction « Le Guide du Voyageur Galactique ». Ce choix, qui n’est bien sûr pas un hasard, résume assez bien l’œuvre du texan car, un traducteur, c’est bien ce que se propose d’être Babelfishh. Plus poète de rue que rappeur pur et dur, le bougre évolue dans un univers teinté de science-fiction, de soul, de Raw punk et de Black Metall (!!!). L’attelage peut sembler hétéroclite mais ça fonctionne diablement ! Les prods sont tantôt cloud et minimalistes, tantôt d’une noirceur brutale (qui par leurs sonorités ne sont pas sans rappeler le premier Venom), les basses sont souvent saturées sans toutes fois être trop envahissantes… En fait que ce soit dans ses textes ou dans ses prods tout est profondément réfléchi dans ce disque, qui vous l’aurez compris est assez loin du easy-listening, le but étant semble-t-il, un peu à la manière du fameux traducteur universel, de rendre intelligible et audible des flows d’émotions pures… Un disque qui n’est certes pas facile mais au final, intelligent, qualitatif, attachant. Le DIY dans sa meilleure expression !

  • Stalsk – Give Us Back This Martyr

Stalsk est un duo à distance composé du musicien / plasticien mayennais Philippe Neau et du bordelais Innocent But Guilty. Ils démarrent leur collaboration en 2020 et choisissent le nom de leur duo en référencer à la base nucléaire soviétique abandonnée. Là encore ce choix est révélateur. Ici pas de kick, de boom bap, de trap ou que sais-je. Non le duo nous transporte dès les premières notes dans des paysages post apocalyptiques, dans les hivers désincarnés de Sibérie, dans les friches irradiées de Tchernobyl… Ici les drones et les field-recordings sont rois et font lois… Dans cet univers, la parole a disparue, l’homme semble s’être effacé, la nature, l’organique semblent avoir repris leur droits et les mots sont vains. Tout est dans les titres. Il est d’ailleurs amusant de constater que lus comme un vers, cette enfilade de mots semble former une poésie d’un genre nouveau, ça ne signifie rien (textuellement parlant) et pourtant ça semble étrangement familier et notre inconscient, lui semble y trouver un sens, un peu comme s’il s’agissait d’un langage primal… Une bien belle expérience !

  • WICCA PHASE SPRINGS ETERNAL, ZUBIN & PARV0 – SURRENDER

Wicca Phase Springs Eternal est une figure marquante de la scène Emo Rap. On peut même dire qu’il en est un des principaux architectes puisqu’avec Cold Hart ils ont été les fondateurs de la GBC (GothBoiClique). Pourtant son passé de guitariste et chanteur de Tigers Jaw en font vraiment un élément à part dans le paysage, du fait de sa façon de poser (souvent plus proche du chant que du rap), de ses textes, de ses thèmes, du choix de ses prods, bref de son approche beaucoup plus post-punk que rap à proprement parler. Il est souvent plus proche de Cure (et notamment du Robert Smith des années 80) ou le early New Order que de Public Enemy. Bref c’est un incontournable de la scène Emo et chaque nouvelle sortie est un petit évènement pour les fans du genre. A l’occasion de la sortie de ce nouvel EP (5 titres) il s’associe à Zubin, figure montante de la scène Emo qui lui a été présenté par Nedarb Nagrom, et à Parv0, jeune beatmaker texan qu’on a découvert il y a quelques mois aux côtés de Ghostemane sur le projet Human Error. L’alchimie fonctionne et le trio nous livre là un très bon disque d’Emo Rap, très mélodique et magnifiquement interprété.

Après la disparition de Lil Peep beaucoup pensait que la GBC était vouée à disparaitre, ce disque nous prouve qu’il n’en est rien et qu’il faudra encore demain compter sur cette talentueuse équipe.

  • SQUADDA B – BACK TO PLAYTIME 2

Après une année 2020 marquée par le très bon Return of Dog et le volume 4 se sa série annuelle SM, Squadda B le pionnier de la cloud rap revient avec Back To Playtime 2, sorte de double Ep (7 titres et les 7 instrumentaux correspondants). De projet en projet on sent à quel point Squadda B s’est détaché de Main Attrakionz, le célèbre duo d’Oakland, dont il fut la moitié. Au fil de ces 5 dernières années il n’a eu de cesse de se renforcer en production (il produit l’intégralité de ce nouvel opus) et de livrer des disques de plus en plus personnels, basés sur ses propres envies plus que sur les supposées attentes du public ou d’un label. Ce cheminement se ressent nettement dans Back To Playtime 2, un ouvrage bien sur de cloud mais avec une approche beaucoup plus intimiste et de ce fait attachant.

  • CHRIS CONDE – ENGULFED IN THE MARVELOUS DECAY

C’est en 2019 que ce Texan de San-Antonio s’est fait connaitre lors de la sortie de son très bon premier album. Remarqué certes pour sa qualité mais, surtout pour son physique et ses prises de position (son militantisme revendicatif n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui des Consolidated ! à la fin des 80) il n’a pas tardé à faire le buzz. L’ovni est un bon producteur, un parolier plutôt doué et fin, mais cet ancien drogué et alcoolique morbide (abstinent et sobre depuis 7 ans) a surtout été remarqué par les médias car c’est un rappeur queer doté d’un physique peu orthodoxe, qu’il a fini par assumer.

Ce nouvel album confirme finalement ce que le buzz avaient un peu masqué lors de sa première sortie. Plus loin que les apparences, les photos, et l’agitation d’un milieu toujours ouvertement homophobe, le rappeur a une vraie proposition artistique et a su créer son propre univers où, un peu à son image, les repères sont brouillés. A la façon d’un sorcier vaudou Chris mêle très habilement des beats très minimalistes, des ambiances lo-fi, gospel parfois, des accents boom-bap et en même temps il est capable de convoquer NIN et de rider avec aisance la scie circulaire d’un Moog Minotaur. Le tout plonge avec bonheur ses racines dans le rap 90’s de qualité (des choses types Mos Def, Canibal Ox ou, bien sur, Consolidated). Le dosage finement maîtrisé de ces différents éléments permet, par ces variations, de créer la surprise à chaque morceau et de rendre l’album très vivant. La construction même du disque fait que chaque nouvelle écoute livre des détails passés inaperçus la fois d’avant, et, c’est ainsi le même disque en différent, qu’on se plait à écouter et réécouter… Gros gros coup de cœur ! PRESS PLAY & REPEAT ALL !!!

Florence Bernard : artiste plasticienne, photographe et réalisatrice

J’ai rencontré cette artiste en 2004 , à l’époque , nous étions étudiantes : moi en Langues Etrangères Appliquées et elle était camarade de classe de mon ex compagnon Etienne Bonnot , à la prestigieuse école d’Art d’Estienne.

Je suis devenue très vite amie avec elle , tellement je me sentais proche de son âme et admirait ses talents , et tant nous avions en commun : végétarisme , amour de l’art…

Chanteuse et compositrice débutante de mon côté, j’invitais souvent Flo à mes répètes au Liberty Rock à Paris. Je jouais à l’époque dans mon groupe de métal fusion oNioN en collaboration avec Etienne, Fred et Francky rencontrés sur un site de musiciens (Megazik), ainsi que Gaspard, également camarade de classe d’Etienne.

Elle commença alors à solliciter mes compétences pour compléter ses travaux scolaires et autres projets .

En effet, elle m’invita à maintes reprises à assurer l’illustration sonore de ses travaux .

Je me souviens de cette composition qu’elle avait exigé à la guitare 3 cordes lorsque j’ai quitté oNioN et entamé mon projet d’expérimentations sonores dans HoBöLLy.

Invitant souvent mon GaMbettA CReW (bande de copines de Paris) dont elle a fini par faire partie , à mes propres concerts , ceux d’amis et de mon frère , elle a pu rencontrer pas mal de personnes de mon entourage avec qui elle a senti des connexions et ne tarda pas à en inviter quelques un sur ses projets.

J’ai été amenée à jouer la voix de multiples personnages féminins également sur un de ses projets de fin d’année assez important , pour lequel elle a également invité Wakko (Michaël Havard), ancien saxophoniste de mon frère à l’époque de leur groupe Gettabang . Elle a fait appel à lui pour sa prestance et son aise en tant que front man. Mon frère Singhkéo, alors compositeur et producteur de Gettabang et bien d’autres projets , s’est proposé d’être en charge des enregistrements de nos travaux , de mixer le travail audio complet, pour le projet de Flo, voué à être présenté comme un Conte visuel complété d’une livre audio .

En 2007 , elle réalisa le clip du titre « Sad day » de mon projet HoBöLLy .

En 2012 , elle me présenta à Morgann Gicquel lors d’un shooting photo qu’elle réalisa pour mon duo DAäRi .

En 2013 , elle co-écrit et participe aux travaux visuels du clip  » The Dreamer » de DAäRi, avec Morgann.

Depuis , son travail évolue notamment dans le domaine de la gravure, de la sérigraphie , du gaufrage etc…

Suivez son travail ici :

https://www.facebook.com/florencebernardartiste/

https://www.instagram.com/florence.bernard.gravure/?hl=fr

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