Sous Les Radars Septembre 21

Nouveau volet de notre sélection mensuelle dont le principe est de présenter succinctement 3 à 5 projets (frenchies ou kinris) des 30 derniers jours, issus des marécages (ou non), aux confins du cloud, parus « sous les radars », souvent loin des lumières et du battage médiatique. Le but n’est pas de faire un classement, l’objectif est tout simplement de vous donner envie d’écouter autrement, « plus loin »…

Après un break estival bien occupé, retour aux enceintes avec quelques beaux projets qui sont sortis ces 3 derniers mois et que je bute avec assiduité. Je pourrais bien sur vous parler du très apprécié Long Term Effect of Surfering des $UICIDEBOY$ (eh oui ! Comme le disait si bien Monsieur Eddy : S’il n’en reste qu’un je serai celui-la!). Je pourrais vous parler des endiablés et très réussis 13 songs 2 Die 2 de SOSMULA et du Dog Boy de son compère ZILLAKAMI, mais ces opus n’ont certes pas besoin de la lumière de Panik Magz pour briller un tant soit peu. Comme souvent j’ai donc choisi de plonger dans les profondeurs, loin sous les radars pour porter à votre attention quelques pépites mûrement choisies en me basant uniquement sur la persistance émotionnelle qu’elles m’ont procurées.

  • CEILING DEMONS – SNAKES & LADDERS

Pour ses 10 ans d’existence le collectif du North Yorkshire s’offre la sortie de SNAKES & LADDERS, son quatrième album. Le groupe se forme en 2011 mais c’est en 2013 que les médias découvrent ces chantres de l’Alternative Rap, à l’occasion de la parution de leur 1er album. A mon sens pour de mauvaises raisons : ce qui a excité la « rapposhère » ce sont les jumeaux, des violoncellistes, officiant dans un groupe de rappeurs masqués. A cette époque Apocalyptica est un groupe phare de la scène métal, donc avec des rappeurs à violoncelle la jonction est facile et c’est le buzz  assuré !!! Mais passé la hype média, forcément éphémère, ils furent vite laissés pour compte. Pourtant le groupe poursuit son chemin et après une relative « traversée du désert » se rappellent à nous en 2017 avec le très bon et très sensible Nil (leur 3ème album). Après ces années de relatives galères, cet opus est comme un aboutissement et trouve son public, mais les jumeaux se sentent au bout d’un processus. Ils se séparent (physiquement) assez longuement, l’un reste en Angleterre et l’autre part vivre en Allemagne. Cette séparation fût un véritable « Phénix » pour le duo siamois et après de longs mois loin l’un de l’autre, leurs retrouvailles, pleines d’envie et foisonnant d’idées, sonnent le démarrage de ce nouveau projet. Chargés d‘émotions les deux frères vont s’adjoindre les services de Beat Demon, Shadow et S. Reed pour se lancer dans la réalisation de ce nouvel album. Ils expérimentent de nouvelles méthodes d’écriture. Ils enregistrent « vintage » avec des prises de son en direct et de vrais instruments, émaillent plusieurs titres d’odes déchirantes interprétées par le violoniste de Celtic Jazz ANDY LAWRENSON et s’adjoignent le renfort de la voix profonde (et très post-punk!!!) de ZARAHRUTH sur la majorité des morceaux. Il poussent le luxe jusqu’à faire deux étonnantes, et remarquables, collaborations avec la légende LEE ‘Scratch’ PERRY, sur Freedom Fighting Dystopia (étonnant comme le riff et le flow rappellent instantanément le mythique Sonic Reducer des Dead Boys !!!!) et sur le dernier morceaux de l’album Reprise of Light où Maître Perry égrène son poème avec une émotion prégnante.

Le résultat est REMARQUABLE !!!!

On plonge tour à tour dans des morceaux Alternative purs acoustiques, tendus, fragiles (All Let Go) ou dans des morceaux aux sonorités beaucoup plus électro (Jupiter) , les arrangements sont clairement post-rock, et l’adjonction de voix aux timbres post-punk amènent une plus-value indéniable.

Les chansons inspirées par le « rise en fall » permanent de la nature, conjuguent le chaos et la liberté pour nous parler de conditions humaines, de difficultés socio-politiques, des angoisses mondiales, de luttes et de maux intérieurs, de recherche de la paix absolue.

Le tout sonne on ne peut plus juste, est profondément humain et si vous me lisez encore et n’avez pas encore appuyé sur le bouton « Play » juste au dessus, faites le rapidement, vous n’en sortirez pas indemnes !!!

  • HEIR MAX – THE MOMENT -20

Max est la moitié du duo de rap Texan ALLIGATOR FOOD et THE MOMENT est son premier projet solo après la mort accidentelle de Scotty Sixo son alter ego « alligatorien ».

Ce projet est né pendant la pandémie. Max dans une période difficile a eu envie de revenir sur son enfance dans les rue de Dallas, sur les flics corrompus, sur la dépendance, sur la pandémie, la dépression et cette recherche effrénée du bonheur qui nous pousse à tellement d’extrêmes.

De manière inattendue, surtout pour un rappeur Texan, Max cite Dave Gaham, Trent Reznor ou Dead Kennedys (Heil The Bat!) dans ses principales sources d’inspirations. Ces influences diverses donnent naissance à des refrains accrocheurs, posés dans des paysages sonores, faussement légers et, moroses sans toutes fois être Dark, de bonne facture. Les prods sont assurées par Moodie Black, Factor Chandelier ou encore Progeny, des références du genre.

Du côté des textes Max œuvre dans l’efficace ! Pas de fioritures ici, peu de métaphores, pas trop de délicatesse et un chat s’appelle un chat ! Il a un style direct, immédiatement accessible (même pour une quiche comme moi en anglais).

Ces traits de caractères, mêlant des influences uniques, un style direct, efficace, des rimes percutantes et des prods à la « sombritude » affirmée sans être étouffantes, donnent un Ep très réussi qui souffle un grand coup de frais dans le son Texan et permet en même temps à ce jeune artiste de se détacher nettement du lot en affirmant, ce qui est rare pour un premier tir, un style clairement identifiable, un son qui lui est propre.

  • p.WRECKS – Apricot Preserves.

Nouvel opus, tout frais sorti, du rappeur-exploreur de Seattle. P.Wrecks, un nom d’avion de chasse ! Avec un nom pareil, évidement ça fly high ! Un album tout en maîtrise et en retenue, à la marge du rap, de l’expérimental, de l’abstract pour cet artiste inclassable. A mon sens le terme qui le défini le mieux, figure dans les mots clés de sa page Bandcamp : crypt-hop … ça sonne un peu fourre-tout mais il suffit de mettre l’album en lecture pour que le terme prenne sens et livre toute sa dimension.

Ceux qui me connaisse un peu savent à quel point je suis adepte de la lenteur. En la matière nous sommes là face à un sommet du genre, une sorte d‘éloge à la slowlife. Attention ! Ça rappe, hein ! Il y du texte et du flow, et ça ne fait pas semblant !!! Mais les prods sont hyper lentes, avec juste la dose de « darkitude noisy » qui va bien.

Les prods, justement, sont assurées par une brochette de prodos, que personnellement je ne connaissait pas, mais dont les noms et les prods sont teintés de verte, de violette et, comme des eaux fortes musicales, clairement brûlées à l’acide (dans une ambiance qui rappelle souvent le meilleur des BSBD) : Calmer LSD, Dungeon Loud, Blunted Sultan, …

Côté voix le bougre s’adjoint également quelques renforts (Wadding Birdz, Nameless Myst, Jackprogresso et Oldes). Coté textes il est question, entre autre, de chouette, de chauve-souris, de mouettes, de venin, de mangouste, et en dehors de ce bestiaire glauque, de foi, de séparation…

Enormément d’intervenants extérieur donc, mais le tout à vraiment l’unité d’un album. p.Wrecks sait s’entourer et c’est aussi la preuve d’une grande maturité artistique. L’ensemble sonne de ouf, les prods sont intenses, prenantes, sans être angoissantes et les lyrics bien perchés ont un flow qui crucifie ! En somme un album imparable et hyper addictif !

Pour finir de vous convaincre, je ne peux que citer l’artiste lui même, dans une tirade qui donne toute la dimension de son univers créatif et de sa poésie : « Mon histoire ne peut jamais être racontée. Je l’écris encore et encore, partout où nous trouvons refuge. J’écris de ce que je ne peux pas dire : la vérité. J’écris tout ce que je sais, puis je jette ces pages au vent »

  • ECID – ZEN REPAIR

Ecid est un rappeur/producteur originaire de Minneapolis, qui vit et opère à Brooklin. Il officie, depuis un peu plus de 10 ans, dans cette catégorie devenue un peu fourre-tout du Hip-Hop expérimental, souvent dans la lignée des Run The Jewels, Sadistik ou Ceschi, et délivre un rap sans concession, qui offre la particularité d’être en mutation continue. Ce Zen Repair ne sort pas de la voie tracée : Faire fis de l’existant, et, tracer un nouveau chemin, sortir un Hip-Hop sans concession, qualitatif, intelligent, flirtant avec des sonorités ou des thèmes inattendus, sans s’enfermer dans une recette figée et forcément castratrice. Une fois encore ça fonctionne ! Le bougre est un pur créateur ! Les synthé sonnent furieusement 80 dans des ambiances post-punk affirmées, et pourtant le tout sonne actuel, les textes et les flows sont déstructurées, le tout respire l’engagement et l’intelligence (au sens premier du terme). Moi je dis, du rap comme ça c’est un GRAND OUI !!!!

  • ROMAN NON & ZEBADIAH WITCH – THA WIIND AGAINST MY BONEZ

Décidément Seattle nous livre des pépites en ce moment !!! Dans la vague Trap expérimentale un magnifique projet en commun entre Roman Non et Zebadiah Witch sorti sur Solium, l’excellent label français. Sur des prods sans concessions, les deux compères nous lâchent des lyrics taillés au scalpel, sur des flows qui devraient ravir les fans des $uicideboy$ ou autres City Morgue. Au rendez-vous une ambiance noire, torturée, Punk en diable, mystique, ultra hypnotique, et à l’arrivée, c’est imparable avec ce genre de plates (!), les cervicales en compotes !!!

  • LK DE L’HOTEL MOSCOU – SAN-FRANCISO 2021

Impossible de terminer cette revue sans vous parler de cette excellente initiative. San- Francisco, le premier album solo de LK, est, avec le temps, devenu un album mythique. Certes, mais avec les années LK a évolué, il a amélioré sa technique, son flow, son matériel et donc une dose d’insatisfaction demeure entre ce qu’est l’album et ce que, vu la force des prods mais surtout la grande dimension poétique des textes, il aurait pu être. Lk en est conscient et surtout c’est l’avis de sa femme, qui va finir par le persuader de sortir cette version 2021. Ce que j’ai toujours aimé chez LK c’est que c’est un vrai artisan, au sens propre du terme. Pour la plus-part des artistes dans cette situation, on ressort les bandes, on remix et remastérise et hop, c’est sorti. Mais pas pour LK . Non, lui il décide carrément de refaire l’album. Mais quelle bonne idée ! Et quel talent !!!! Retour en studio donc pour refaire une bonne partie des voix, des instrus, ajouter des chœurs, des cordes, … Evidemment, tout ne peut pas être refait, les pistes de Bones, SpaceGhostPurp, etc, restent les mêmes, mais avec le nouveau mix et mastering en studio (à Atlanta) avec un vrai Pro même ces « vieux » éléments prennent une nouvelle dimension. Donc San-Francisco on le connaît déjà, mais en même temps c’est entièrement nouveau, actuel et on le découvre comme un vrai nouvel album !!! Du vrai bel ouvrage digne d’un compagnon du tour de France !

LK a décidé de mettre en bonus notre single en commun, Vertigineux , qui date à peu près de la même époque, pour les gens qui achètent l’album. Le single lui aussi a subit le même traitement, voix plus claire, basse plus claire, adjonction de cordes et chœurs après le deuxième couplet… Lk, Snuffonov, les potos, après la réécoute de cette nouvelle sauce de Gorille dans la Brume je sais qu’on est plusieurs à rêver à un nouvel album d’Hôtel Moscou, mais bon j’dis ça j’dis rien …

SOUS LES RADARS – Juin 2021

Nouveau volet de notre sélection mensuelle qui présente succinctement 3 à 5 projets (frenchies ou kinris) des 30 derniers jours, issus des marécages (ou non), aux confins du cloud, parus « sous les radars », souvent loin des lumières et du battage médiatique. Le but n’est pas de faire un classement, l’objectif est tout simplement de vous donner envie d’écouter autrement, « plus loin »… Une multitude de beaux projets sont sortis en juin, on pourrait entre autres citer Maeki Maii et son RUBIS SUR L’ONGLE ou le CODEX & GIGAS d’Eloquence & Joe Lucazz, la sélection a donc été compliquée, et j’ai, puisqu’il fallait choisir,  essayé de me concentrer sur les sorties qui m’ont apportées le plus d’émotions.

  • COULEZ MES LARMES, DIT LE POLICIER du label MAUVAIS SANG

Le label manceau a lancé l’année dernière quelques invitations à différents artistes de la scène underground francophone qu’ils apprécient particulièrement. Après quelques mois de gestation le projet vient donc de sortir avec pour titre cette référence au roman de Philip K. Dick et des ambiances à la hauteur de celles développées dans l’œuvre de ce maître de l’anticipation. Outre son indéniable qualité artistique, l’originalité du projet est d’offrir une sorte de panoramique de ce qui, à mon sens, se fait de mieux aujourd’hui dans la scène underground francophone, tout en évitant l’écueil du confinement en chapelles, et de réussir à donner une homogénéité d’album à des artistes œuvrant dans des univers aussi différents que le cloud, l’abstract, l’alternative ou le boom-bap. Ce qui est fou, et qui prouve l’ingéniosité dans le « recrutement », c’est que le label ne donnait pas de directives particulières, chacun creusant son propre sillon, et qu’à l’arrivée on se retrouve avec une belle homogénéité d’ambiances éthérées, sombres, violentes pour aborder des thèmes aussi variés que, la rue, les violences policières, la science-fiction, l’écriture, le cinéma d’horreur…

Au niveau du casting, c’est une véritable dreamteam et je vais les citer tous ! Ainsi vous retrouverez sur ce disque Dakota, LK de l’Hotel Moscou, Corrado, Mind The Beats, Skalpel, L’Apache, Lou Rid, Takeshi Mohammed, Monsieur Saï, Monsieur Connard, Moïse The Dude (assisté de JubOs à la console et Monkey Green au scratchs), votre serviteur (R$kp), Les Chevals Hongrois (cf SLR du mois dernier), Bœuf, La Main Gauche, Stekri, Sooolem, Mitron Skovronski, Drache, Gun Pwoder, Skyzominus, Maeki Maii et Trep1 !!!

A noter que le disque est disponible en digital « Name Your Price » [vous connaissez le système, vous donnez ce que vous voulez entre 0 et le PIB du Qatar et vous obtenez un lien de téléchargement] et en CD (10.00€) pour les collectionneurs et les passionnés les plus déters…

Mention spéciale pour l’incroyable folie « punk » de la pochette réalisée par Emma Goldmann (non elle n’est pas ressuscitée pour l’occasion !) l’avatar de Monsieur Saï pour la prod musicale et visuelle.

Du bon boulot d’artisan fait par le jeune label manceau qui mérite vraiment votre soutien.

  • DATKID & ILLINFORMED – WAKMO

Nous avons consacré un article à la parution de cet album. Projet commun donc entre deux hommes qui se connaissaient déjà et avaient déjà travaillé ensemble. On sent la connivence et l’émulation. Cette nouvelle collaboration débouche sur un opus qui sonne résolument 90’s tout en étant moderne et qui en 20 titres réussi la prouesse de ressusciter la flamme du Britcore, allumée par les légendaires Gunshot au début des 90 [pour les plus jeunes, les Gunshot ont été les inventeur du son anglais (si en vogue aujourd’hui) se différenciant nettement par ses apports (entre autres « jamaïcains ») du hard-core US de l’époque, genre qualifié par eux à l’époque comme Britcore]. Il s’agit d’un disque beaucoup plus lumineux que les précédentes parutions de Datkid et cette énergie positive, sans toutes fois être béate hein, il est toujours question de rues et d’histoires sordides, etc…, cette énergie donc, se déverse avec bonheur dans nos conduits auditif pour nous amener le soleil qui nous manque tant dehors en ce début d’été si morose.

  • HIDEOR TILD – HOME DIRECTORY

Un projet relativement hors-normes pour notre rubrique, mais véritable coup de cœur. Hideor Tild est membre des BLUE HAIRED GIRL et réalise ici son premier projet solo. Le point de départ du projet est constitué de morceaux joués à la guitare acoustique (cordes nylon) sur lesquels l’artiste revient sculpter, développer, des atmosphères, des motifs, variés, singuliers, mêlant habilement les instruments d’Afrique à des éléments de folk occidentaux, faisant appel aux synthés, aux vocodeurs parfois, aux percus diverses et variées ainsi qu’aux boites à rythmes, à l’électro comme au guitares électrifiées, incorporant de loin en loin des voix du Mexique, du Japon, des chants Inuits ou Touvains…

Ce projet en grande partie instrumental nous parle de spiritualité, de voyage, de rapprochement des cultures, conjugue, rapproche, et nous emmène dans un grand voyage tantôt épique tantôt Intime. Très réussi et initiateur d’introspection, j’ai pu y retrouver les émotions ressenties dans mes premières écoutes des Collection d’Arnell-Andréa, Durriti Column, Wim Mertens mais aussi Jean Philippe Goude, René Aubry, Didier Malherbe ou même d’un Passion de Peter Gabriel. Bravo au label IRM pour cette sortie de choix !

Un disque précieux sans préciosité !

  • HO99O9 – TERRITORY : TURF TALK VOL.1

Sorti en cette fin de mois de juin, le duo de Newark nous livre un projet un peu différent du reste de leur discographie. Il s’agit en fait plus d’un disque d’un nouveau collectif, TERRITORY, dans la « tradition » des grands collectifs qui ont marqués l’histoire du rap, que d’un album de Ho99o9 à proprement parler. Au fil des 18 titres de cet album le groupe n’a de cesse de nous confronter à son extraordinaire diversité créative, entourés d’amis proches ou d’artistes de la même « famille artistique » comme les Pussy Riot par exemple. Toutes les prods sont assurées par theOGM (sous le pseudo de LilBooth) et les ambiances sont beaucoup plus variées et souvent moins percutantes que du Ho99o9 « basique ». Un disque souvent Dark et Loud qui confirme que le duo, et notamment theOGM, est bien plus qu’un simple duo de Punk Rap, sorte de Bad Brains 3.0, et qu’il faudra compter sur eux à l’avenir. Soyez témoin de la naissance de cette nouvelle et très prometteuse écurie, et, surtout participez à l’avènement d’un nouveau producteur/designer (theOGM, qui est clairement en pleine ascension) en allant écouter le disque !

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DATKID & ILLINFORMED – WAKMO

Datkid rappeur basé à Bristol entre dans le rap en 2012 comme membre des « Split Prophets« . Le groupe rencontre immédiatement un vif succès sur la scène Hip-Hop anglaise. En 2013 il sort un single (Home By 8) qui attire rapidement l’attention sur lui en tant qu’artiste solo. Doué d’un grand talent technique alliant, dans un équilibre parfait, la brillance à la sensibilité, Datkid s’est imposé en quelques années comme un des grands espoirs de la scène britannique. En 2019 il réalise avec Leaf Dog le très hard-core « Confession of a Crud Lord » sont premier vrai album solo.

Illformed est un producteur de Hip-Hop. Il entre dans le paysage hip-hop UK à peu près à la même époque que Datkid en tant que membre du trio orienté hard-core « Brothers of the Stone ». En parallèle de sa participation au groupe il commence un trajet de producteur solo. Au fil des années il produit notamment pour Lee Scott ou Verb T et multiplie les collaborations entre autres avec Vinnie Paz, Onyx, KRS-1, Apathy, Sonny Jim, Tragedy Khadafi, et Split Prophets.

Les deux artistes viennent de sortir le 17 juin WAKMO un album commun.

Tout au long de ces 20 titres aux prods originales, Datkid animé par un réalisme cru, déroule les histoires de rues et les récits glauques qui sont devenus sa marque de fabrique. Le duo nous délivre là un pavé gorgé d’énergie brute et réussi la synthèse parfaite d’un boom-bap actuel (aux accents de gangsta rap des 90’s malgré tout) avec les codes du hard-core. Sorte de revival actualisé du britcore des 90 (en plus lourd et plus lents) on y retrouve le spectre des GUNSHOT (les inventeurs du sons anglais) et parfois des accents des Poor Righteous Teachers.

Ce disque devrait faire date et est tout simplement incontournable !

Le tranchant lumineux d’un katana.

Coucou les p’tits loups. En cette glorieuse journée mondiale de sensibilisation aux… passages à niveau je te livre pour ton précieux Panik Magz un nouvel article sur un album de rap.

Je t’arrête de suite dans tes élucubrations intestines sur le fait que le magnanime BennyBoobs se serai abaissé vilement à écouter de la musique (sic!!???!!) d’analphabètes. Pour dire vrai ce n’est pas un choix de ma part mais plutôt une commande insistante d’une connaissance intime. Ce faquin, par pur opportunisme dérisoire (Note pour l’avenir: penser à changer mes fréquentations ou, mieux, arrêter de vouloir en avoir), ne cherchant de part cet éloge, teinté de sperme aux coin des lèvres, qu’à quémander, tel un Bloy désespéré, un couplet pour un de ces enfantements (trop fort! En cherchant un synonyme péjoratif à « artistique » je tombe sur le mot « girond » qui a l’incroyable particularité d’avoir, lui, pour synonyme des mots tout aussi dichotomiques que « adorable », « affreux », « parfait » ou encore « horrible »… ça laisse songeur.) girond. Sur ces précisions indispensables relatives à la genèse de cet article voici mon avis à propos de « Rubis sur l’ongle » de Maeki Maii.

« Après avoir sorti l’année dernière un album froid, introspectif, menaçant, tout autant qu’inquiétant de par les textes et l’ambiance sonore, Maeki revient pour le plus grand plaisir de tes oreilles chastes et innocentes avec, cette fois-ci (42, le compte est bon), un peu de chaleur printanière. L’introduction te met directement dans l’ambiance avec une production musicale bondissante comme des petits lapins gambadants, insouciants, sur les immenses ronds-points des zones d’activités commerciales périurbaines. Il en est de même au niveau du texte avec un champ lexical paradoxal mélangeant peur et bienveillance. Puis débute le début de l’aventure de l’héroïne lumineuse qui t’accompagnera dans de cet opus rafraîchissant. Tout au long de ses errances celui-ci fera tour à tour des rencontres mythologiques, des escapades nocturnes éthyliques, un voyage au pays du soleil levant (Non mais c’est quoi ces conneries?!!! Comme-ci l’astre éclatant, réchauffant nos corps et nos âmes, se levait en premier sur qui que se soit. Aller, vu que je suis magnanime, je concède que s’il se lève en premier sur quelqu’un c’est uniquement sur les cons! Na!) et ses mafieux sanguinaires (et puis c’est quoi cette fascination purement occidentale pour cette culture féodale traditionaliste, protectionniste, renfermée sur elle-même, excepté pour faire du biff, confinée dans son imparfaite perfection à la noix???!!! Oups je crois que j’ai oublié que je ne devais faire qu’un éloge courtois et bienveillant, mes excuses, monseigneur…), pas sanguinaires, donc, mais pleins de classe et de valeurs hautement valeureuses (slurrpp…), une escapade un poil moins orientale mais non moins onirique… Le tout s’achevant avec brio et talent (reslurrpp..) dans les contrées sèches et désertiques de l’introspection morriconesque optimiste.

Voila je crois que tu as les cartes en mains pour prendre ton destin par les cornes et ne pas passer à côté de cet instant merveilleux (que tu peux prolonger à l’infini, et au delà, en achetant le disque, qui n’est pas un diqse) de balades sonores où Maeki peaufine son style désinvolte et élégant sur des créations musicales d’un bon goût ragaillardissant. Personnellement je ne m’en lasse pas. C’est efficace sans être trop simple. Mon passage préféré restant quand même la partie où il chante en italien, ça lui donne, comme par magie, une vrai voix et un flow de qualité. Il paraît même qu’il existe un bonus caché pour ceux qui daigneraient offrir une part de leur pécule en échange de ce trésor. Je recommande plus que vivement. »

C’est bon tu devrais l’avoir ton couplet mon copain avec ça… en attendant je vais m’essuyer le visage je crois que j’en ai pris dans les yeux.

SOUS LES RADARS – mai 2021

Nouveau volet de notre sélection mensuelle qui présente succinctement 3 à 5 projets (frenchies ou kinris) des 30 derniers jours, issus des marécages (ou non), aux confins du cloud, parus « sous les radars », souvent loin des lumières et du battage médiatique. Le but n’est pas de faire un classement, l’objectif est tout simplement de vous donner envie d’écouter autrement, « plus loin »… une sélection 100% frenchie ce mois-ci avec 4 belles sorties, et quatre beaux crushs dans des genres très différents.

  • YURI J & NEUFCUBE – PANORAMA

Très belle sortie que ce PANORAMA, éclot il y a tout juste un mois, premier album revendiqué comme tel de Yuri J, issu d’un travail avec l’écurie de beatmakers Neufcube (RedStar et Roll G) et le très dynamique jeune label LA PHONKERIE. Sur des prods en acier trempé très dirty south Yuri, avec ce flow et sa façon si particulière de raconter des histoires, convoque tour à tour la Tree Six ou Gucci, kicke en diable ou chantonne, joue avec l’autotune parfois (sans en abuser). Au travers de ses textes efficaces et précis, on devine nettement que toute cette errance ne se déroule pas à La Muette ou Maison Lafitte et on apprend rapidement à aimer dériver, sous l’empire de diverses substances, à son côté à travers ces rues qui sentent la nuit et le vice, des ambiances qui ne sont pas sans rappeler ces nuits des années 80 où on allait faire la queue à Saint-Germain, au Drugstore, à 3h00 du mat, atmosphères résumées par cette punchline imparable : « on traîne jusqu’à l’aube car le vice à meilleur goût de bon matin… ». Le résultat est hyper addictif et tout simplement bluffant.

A noter que le projet est disponible en numérique (9 titres en free DL, 17 en version payante) et en K7 (rappelons qu’une K7 vendue c’est comme 1500 streams pour un artiste).

Nous reviendrons très vite sur Yuri J dans un PANIK MEET…

  • MOISE THE DUDE – CETTE SHIT

En avril Maeki Maii nous avait fait un petit « papier » à l’occasion de la sortie de l’excellent CETTE SHIT #1 de MOISE THE DUDE. Ce mois de mai a vu, comme annoncé alors, la sortie du volume 2 et surtout d’une version physique (CD Digipack) et digitale de la réunion des 2 volumes. J’insisterai surtout sur cette édition car si chaque volume séparément est irréprochable, la réunion des deux donne une toute autre ampleur à CETTE SHIT et en fait, le, sans doute, meilleur projet jamais sorti par Moïse. Dès les premières notes et les premiers mots on sent la ride dans la chaleur douce d’un début de soirée en fin de printemps, le bras à la portière (de la Merco ?) l’air épais saturé de sel, en route vers un drive-in californien… Les ambiances, qui résultent de l’alchimie parfaite entre les prods de Monkey Green et les textes cinématographique de Moïse (sans parler du taf de diamantaire de Jub’Os à la console), collent parfaitement au flow nonchalant et détaché du Dude et ce projet (que Mo assure être son dernier format long) est d’une telle évidence qu’on en vient à se demander pourquoi avoir attendu si longtemps pour nous l’offrir ? Cet album est clairement un « Must To Have » !

  • LES CHEVALS HONGROIS – MUSIQUE DE CHAMBRE

Pour présenter cet OMNI (Objet Musicale Non Identifié) grenoblois je vais emprunter les mots du groupe :

« Les Chevals Hongrois » est un ensemble d’individus scandant des juxtapositions sur des rythmes binaires: du rap néfaste à tendance tropicale. Exact. Groupuscule Grenoblois formé en 2005 par Roland Furieux & Muda de Bavière ; ils sont accompagnés dorénavant par Dj BoeufA (quelqu’un de bien) aux platines »

Pur objet de rap artisanal, qui sent le fait main et maison, ce MUSIQUE DE CHAMBRE se présente vraiment comme l’objet insolite du mois. Cet opus aux prods assez minimalistes (mais de qualité) nous délivre des mini-instantanés de notre monde contemporain, teintés d’une dose de hargne, de tendresse, d’une grosse dose d’ironie, d’humour et, surtout, dénote d’un grand sens de l’observation, d’une grande facilité à décrire (avoir plus de 250 mots de vocabulaire ça aide…), d’une culture certaine et d’un grand amour des mots. Les prods, les samples, les flows, la façon de découper, tout nous propulse dans un temps où les mots étaient rois, les textes écrits, où les MC ne sortaient au mieux qu’un projet par an, bref aux racines même du rap. On pense parfois au premier MC Solar, aux Sages Poètes, surtout aux Fabulous Trobadors (et leurs fabuleuses battles de mots et autres jongleries verbales), mais aussi à Monsieur Saï, Drache, Canichnikov, Murmures Barbares… Une pure madeleine de Proust, sans la poussière !

  • 444sins – Mauve

Bien que légèrement hors dates (le projet date de fin février) il était impossible de ne pas parler de ce très bon projet, que j’ai découvert avec retard ce mois-ci et pour lequel je suis quasiment tombé en amour… je ne parlerais pas longuement de l’artiste dont en fait je ne sais pas grand-chose, si ce n’est pour dire qu’à l’écoute de se MAUVE on retrouve les émotions que Peep avait su faire naître en nous, notamment dans ses premiers projets, et que rien que pour ça il fallait en parler ! Un ouvrage donc de très bonne Trap Emo à la limite de l’alternative, qui, tout en « respectant » les codes du genre (la possession, les amours malheureuses, la nuit, le destin, …) a la particularité de nous proposer un vrai trajet personnel, ce qui bien sur détache l’artiste du marigot saturé de l’Emo-post-Peepien. Un disque d’artiste qui a son histoire, son propre flow, des textes finement ciselés où les mots sonnent juste, un timbre attachant, de la nostalgie sans désepoir, … Un univers à fleur de peau donc qui outre la référence Peepiène évidente pourrait se rattacher à l’univers d’un Wit, d’un Lario Nowhere, ou un peu plus plus loin de Zed Young Pavarotti ou Hyacinthe. Surtout prenez le temps de découvrir ce jeune pécheur !

SOUS LES RADARS – avril 2021

Nouveau volet de notre sélection mensuelle qui présente succinctement 3 à 5 projets (frenchies ou kinris) des 30 derniers jours, issus des marécages (ou non), aux confins du cloud, parus « sous les radars », souvent loin des lumières et du battage médiatique. Le but n’est pas de faire un classement, l’objectif est tout simplement de vous donner envie d’écouter autrement, « plus loin »… Ce mois-ci, comme souvent, nous sommes allés faire notre marché au US et plus particulièrement au Texas…

  • BABELFISHH – COMA WORTHY

Babelfishh est un pur produit du rap underground Texan. Il vient de Houston, mais vit maintenant à Washington, rappe depuis 2005 et s’est très vite affirmé comme une figure de l’Alt-Rap. Son nom d’artiste fait directement référence au poisson Babel, sorte de traducteur universel de la série de science-fiction « Le Guide du Voyageur Galactique ». Ce choix, qui n’est bien sûr pas un hasard, résume assez bien l’œuvre du texan car, un traducteur, c’est bien ce que se propose d’être Babelfishh. Plus poète de rue que rappeur pur et dur, le bougre évolue dans un univers teinté de science-fiction, de soul, de Raw punk et de Black Metall (!!!). L’attelage peut sembler hétéroclite mais ça fonctionne diablement ! Les prods sont tantôt cloud et minimalistes, tantôt d’une noirceur brutale (qui par leurs sonorités ne sont pas sans rappeler le premier Venom), les basses sont souvent saturées sans toutes fois être trop envahissantes… En fait que ce soit dans ses textes ou dans ses prods tout est profondément réfléchi dans ce disque, qui vous l’aurez compris est assez loin du easy-listening, le but étant semble-t-il, un peu à la manière du fameux traducteur universel, de rendre intelligible et audible des flows d’émotions pures… Un disque qui n’est certes pas facile mais au final, intelligent, qualitatif, attachant. Le DIY dans sa meilleure expression !

  • Stalsk – Give Us Back This Martyr

Stalsk est un duo à distance composé du musicien / plasticien mayennais Philippe Neau et du bordelais Innocent But Guilty. Ils démarrent leur collaboration en 2020 et choisissent le nom de leur duo en référencer à la base nucléaire soviétique abandonnée. Là encore ce choix est révélateur. Ici pas de kick, de boom bap, de trap ou que sais-je. Non le duo nous transporte dès les premières notes dans des paysages post apocalyptiques, dans les hivers désincarnés de Sibérie, dans les friches irradiées de Tchernobyl… Ici les drones et les field-recordings sont rois et font lois… Dans cet univers, la parole a disparue, l’homme semble s’être effacé, la nature, l’organique semblent avoir repris leur droits et les mots sont vains. Tout est dans les titres. Il est d’ailleurs amusant de constater que lus comme un vers, cette enfilade de mots semble former une poésie d’un genre nouveau, ça ne signifie rien (textuellement parlant) et pourtant ça semble étrangement familier et notre inconscient, lui semble y trouver un sens, un peu comme s’il s’agissait d’un langage primal… Une bien belle expérience !

  • WICCA PHASE SPRINGS ETERNAL, ZUBIN & PARV0 – SURRENDER

Wicca Phase Springs Eternal est une figure marquante de la scène Emo Rap. On peut même dire qu’il en est un des principaux architectes puisqu’avec Cold Hart ils ont été les fondateurs de la GBC (GothBoiClique). Pourtant son passé de guitariste et chanteur de Tigers Jaw en font vraiment un élément à part dans le paysage, du fait de sa façon de poser (souvent plus proche du chant que du rap), de ses textes, de ses thèmes, du choix de ses prods, bref de son approche beaucoup plus post-punk que rap à proprement parler. Il est souvent plus proche de Cure (et notamment du Robert Smith des années 80) ou le early New Order que de Public Enemy. Bref c’est un incontournable de la scène Emo et chaque nouvelle sortie est un petit évènement pour les fans du genre. A l’occasion de la sortie de ce nouvel EP (5 titres) il s’associe à Zubin, figure montante de la scène Emo qui lui a été présenté par Nedarb Nagrom, et à Parv0, jeune beatmaker texan qu’on a découvert il y a quelques mois aux côtés de Ghostemane sur le projet Human Error. L’alchimie fonctionne et le trio nous livre là un très bon disque d’Emo Rap, très mélodique et magnifiquement interprété.

Après la disparition de Lil Peep beaucoup pensait que la GBC était vouée à disparaitre, ce disque nous prouve qu’il n’en est rien et qu’il faudra encore demain compter sur cette talentueuse équipe.

  • SQUADDA B – BACK TO PLAYTIME 2

Après une année 2020 marquée par le très bon Return of Dog et le volume 4 se sa série annuelle SM, Squadda B le pionnier de la cloud rap revient avec Back To Playtime 2, sorte de double Ep (7 titres et les 7 instrumentaux correspondants). De projet en projet on sent à quel point Squadda B s’est détaché de Main Attrakionz, le célèbre duo d’Oakland, dont il fut la moitié. Au fil de ces 5 dernières années il n’a eu de cesse de se renforcer en production (il produit l’intégralité de ce nouvel opus) et de livrer des disques de plus en plus personnels, basés sur ses propres envies plus que sur les supposées attentes du public ou d’un label. Ce cheminement se ressent nettement dans Back To Playtime 2, un ouvrage bien sur de cloud mais avec une approche beaucoup plus intimiste et de ce fait attachant.

  • CHRIS CONDE – ENGULFED IN THE MARVELOUS DECAY

C’est en 2019 que ce Texan de San-Antonio s’est fait connaitre lors de la sortie de son très bon premier album. Remarqué certes pour sa qualité mais, surtout pour son physique et ses prises de position (son militantisme revendicatif n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui des Consolidated ! à la fin des 80) il n’a pas tardé à faire le buzz. L’ovni est un bon producteur, un parolier plutôt doué et fin, mais cet ancien drogué et alcoolique morbide (abstinent et sobre depuis 7 ans) a surtout été remarqué par les médias car c’est un rappeur queer doté d’un physique peu orthodoxe, qu’il a fini par assumer.

Ce nouvel album confirme finalement ce que le buzz avaient un peu masqué lors de sa première sortie. Plus loin que les apparences, les photos, et l’agitation d’un milieu toujours ouvertement homophobe, le rappeur a une vraie proposition artistique et a su créer son propre univers où, un peu à son image, les repères sont brouillés. A la façon d’un sorcier vaudou Chris mêle très habilement des beats très minimalistes, des ambiances lo-fi, gospel parfois, des accents boom-bap et en même temps il est capable de convoquer NIN et de rider avec aisance la scie circulaire d’un Moog Minotaur. Le tout plonge avec bonheur ses racines dans le rap 90’s de qualité (des choses types Mos Def, Canibal Ox ou, bien sur, Consolidated). Le dosage finement maîtrisé de ces différents éléments permet, par ces variations, de créer la surprise à chaque morceau et de rendre l’album très vivant. La construction même du disque fait que chaque nouvelle écoute livre des détails passés inaperçus la fois d’avant, et, c’est ainsi le même disque en différent, qu’on se plait à écouter et réécouter… Gros gros coup de cœur ! PRESS PLAY & REPEAT ALL !!!

Florence Bernard : artiste plasticienne, photographe et réalisatrice

J’ai rencontré cette artiste en 2004 , à l’époque , nous étions étudiantes : moi en Langues Etrangères Appliquées et elle était camarade de classe de mon ex compagnon Etienne Bonnot , à la prestigieuse école d’Art d’Estienne.

Je suis devenue très vite amie avec elle , tellement je me sentais proche de son âme et admirait ses talents , et tant nous avions en commun : végétarisme , amour de l’art…

Chanteuse et compositrice débutante de mon côté, j’invitais souvent Flo à mes répètes au Liberty Rock à Paris. Je jouais à l’époque dans mon groupe de métal fusion oNioN en collaboration avec Etienne, Fred et Francky rencontrés sur un site de musiciens (Megazik), ainsi que Gaspard, également camarade de classe d’Etienne.

Elle commença alors à solliciter mes compétences pour compléter ses travaux scolaires et autres projets .

En effet, elle m’invita à maintes reprises à assurer l’illustration sonore de ses travaux .

Je me souviens de cette composition qu’elle avait exigé à la guitare 3 cordes lorsque j’ai quitté oNioN et entamé mon projet d’expérimentations sonores dans HoBöLLy.

Invitant souvent mon GaMbettA CReW (bande de copines de Paris) dont elle a fini par faire partie , à mes propres concerts , ceux d’amis et de mon frère , elle a pu rencontrer pas mal de personnes de mon entourage avec qui elle a senti des connexions et ne tarda pas à en inviter quelques un sur ses projets.

J’ai été amenée à jouer la voix de multiples personnages féminins également sur un de ses projets de fin d’année assez important , pour lequel elle a également invité Wakko (Michaël Havard), ancien saxophoniste de mon frère à l’époque de leur groupe Gettabang . Elle a fait appel à lui pour sa prestance et son aise en tant que front man. Mon frère Singhkéo, alors compositeur et producteur de Gettabang et bien d’autres projets , s’est proposé d’être en charge des enregistrements de nos travaux , de mixer le travail audio complet, pour le projet de Flo, voué à être présenté comme un Conte visuel complété d’une livre audio .

En 2007 , elle réalisa le clip du titre « Sad day » de mon projet HoBöLLy .

En 2012 , elle me présenta à Morgann Gicquel lors d’un shooting photo qu’elle réalisa pour mon duo DAäRi .

En 2013 , elle co-écrit et participe aux travaux visuels du clip  » The Dreamer » de DAäRi, avec Morgann.

Depuis , son travail évolue notamment dans le domaine de la gravure, de la sérigraphie , du gaufrage etc…

Suivez son travail ici :

https://www.facebook.com/florencebernardartiste/

https://www.instagram.com/florence.bernard.gravure/?hl=fr

Ode aux idiots

Je dois te l’avouer, lecteur de l’incontournable PanikMagz, je m’inquiète pour ma santé mentale. Suis-je devenu respectueux des conventions et du cadre qui m’est offert pour exprimer, à travers mes maux, ceux de notre société occidentale en décrépitude constante depuis quelques temps déjà ? Pire, serais-je devenu raisonnable en abordant, enfin, des thèmes sérieux avec toute la gravité qu’il se doit pour ne pas offenser les personnes concernées par ce sujet ? Je n’en sais rien. Toujours est-il que je vais te livrer, après moult articles farfelus, irrévérencieux et hors ligne éditoriale, ma seconde analyse toute personnelle d’un film. La voici.

Durant une période riche en introspections solitaires, de remises en questions fondamentales de qui je suis réellement, de doutes, d’incertitudes, d’humeur instable allant de l’euphorie la plus complète à la mélancolie la plus sombre, j’ai visionné une œuvre cinématographique qui, ce jour-là, m’a littéralement fais fondre en larme. Par la suite, rien que d’en parler avec d’autres pour en faire la promotion, le trouble qu’elle a provoquée en moi s’exprimait par des tremblements de voix et un léger voile humide devant les yeux. Je n’ai même pas osé refaire l’expérience du visionnage de celle-ci craignant la submersion émotive qui l’accompagne. Pourtant, sans revoir ce film, je vais te livrer, autant que mes capacités me le permettent (c’est ça! va te permettre!), mon sentiment vis à vis de cette création d’un de ces, trop rares, artistes que j’ai en haute estime (car oui, si je déteste tant de monde c’est que certains ont mis la barre beaucoup trop haute pour tous les autres), à savoir Lars Von Trier. Il ne s’agit pas du jubilatoire « Dogville », de l’intriguant et malaisant « Nymphomaniac », pas non plus du tragique « Dancer in the dark ». Non. Ce film possède la capacité étonnante de compiler à la fois toutes ces particularités dans un seul film. Et il s’agit (enfin tu va nous cracher le morceau) de « Les idiots ».

Dans mes souvenirs, l’histoire commence par une scène drolatiquement jouissive, de gens se faisant passer pour un groupe d’handicapés mentaux et de leurs accompagnants, dans un restaurant tout ce qu’il y a de plus correct créant un grand malaise dans la salle. Par la suite ces mêmes personnes décident d’aller de plus en plus loin dans leur démarche, histoire de mettre, bien profond, de cracher à la gueule des bourgeois la débilité de leur monde qu’ils méprisent. Inévitablement arrive le moment où la limite entre le jeu et la réalité se fait de plus en plus mince poussant le trouble jusqu’à son paroxysme dans la scène finale. Et quelle scène !

Nombreux détesteront cette création. D’autres l’adoreront. Certains les deux à la fois, et c’est en ça qu’elle est indiscutablement majeur en terme d’art. Il arrive à provoquer chez le spectateur des émotions contradictoires (n’est-ce pas ça l’essence même du mot « provocateur »?), créant un malaise, comme sur un bateau ivre, invitant à la nausée. C’est a mes yeux un film non binaire, où les limites se mélangent, où l’on aime l’irrévérence qui par la suite nous dégoûte jusqu’à l’écœurement. Je ne sais pas si je dois être reconnaissant envers ce bon vieux Lars d’avoir créer un tel spectacle de docu/fiction, car moi aussi j’ai adoré ce film, et pourtant aucun autre ne me fait autant redouter un nouveau visionnage. Merci quand même enfoiros !

Pour finir je ne vais pas rentrer dans la psychanalyse de comptoir du pourquoi je suis si terriblement troublé par cette fin (bordel rien qu’en écrivant j’en ai les larmes et le ventre tout zarb) mais simplement en ayant une pensée pour tous les bizarres, les étranges, les différents, les originaux, les marginaux, les incompris, les atypiques, les hors-normes, les déviants, les débiles, les anormaux, les exclus, les loufoques, les antisociaux, les autistes, les asociaux, les tarés, les fêlés, les négligeables, les dingues et les paumés, les Alice et Lawrence des livres de Vaquette, les schizos, les insignifiants, les cinglés, les inadaptés, les gogoles, les farouches, les apaches, les trisos, les hors-la-loi, les dépravés, les sauvages et autres pas pareils que ce soit subit ou volontaire, souvent les deux. Une pensée pour eux, car en effet, sans tous ceux qui ont, par leurs actes, agi hors des normes, des conventions, du bon sens, cela en dépit de la prudence et du raisonnable, nous en serions encore peut être à chasser, copuler et dormir au fond d’une caverne. Régis par nos besoins vitaux primaires, réduits en esclavage par ces pulsions animales. Sans eux nous n’aurions jamais connu les peintures rupestres de Lascaux, les écrits flamboyants d’un Rimbaud, la beauté d’une naissance du monde, les tourments psychologiques d’un Dostoïevski, la frénésie picturale d’un Van Gogh, la profondeur théologique d’un Bernanos, la misanthropie d’un Céline, la perversion d’un Sade, la passion amoureuse d’une Anna Karenine ou d’une Louise Labé, la fureur (non j’ai dis pas de blague nazi cette fois-ci) d’un Beethoven, la puissance complexe d’un Nietzsche, l’humanisme sociale d’un Darwin ou encore l’angoisse abyssale d’un Lovecraft… Ce n’est clairement pas en cherchant dans ce que l’on connaissait déjà qu’auraient été trouvées les avancés prodigieuses en terme de physique, de biologie, de sociologie, de médecine, de mathématiques. Alors oui je vous le dis, je vous aime.

Pour conclure: un grand respect pour ceux qui, avec bienveillance, font de leur mieux pour qu’ils puissent vivre, eux aussi, dans la dignité. Cet article et en votre honneur.

Cette Shit part. 1 de Moïse The Dude

L’excellence par la nonchalance

Il existe des projets musicaux qui apparaissent comme des étoiles filantes, courts mais intenses. Après les avoir écouté on espère que notre vœux de ne pas avoir oublié de mettre sur replay afin de le réécouter en boucle sera exaucé.


Cette Shit partie 1 de Moïse The Dude en fait partie.


Cet EP est élaboré à la manière d’un Russe Blanc :

  • Les textes sont aussi puissants qu’une vodka polonaise
  • Les prods sont goûtues comme du Kahula
  • Le tout est enrobé d’une ambiance laiteuse grâce au flow nonchalant du Dude et passe crème dans nos oreilles au point qu’elles en redemandent !!!


On se retrouve à sautiller dans de joviaux nuages en écoutant cette shit nous glisser dans les esgourdes, il suffit alors de fermer les yeux pour être propulsé sous le soleil groovant de Californie… tout confinement est aussitôt annihilé, on voyage comme un trip onirique de tonton Lebowski.


À la lecture de la trackliste on comprend aussitôt que tout bon cinéphile trouvera son bonheur car on y trouve du Jim Jarmusch (Ghost Dog), du Quentin Tarantino (Max & Jackie), ou bien du « Bloody » Sam Peckinpah (Peckinpah) agrémenté de deux featuring de derrière les fagots, le très bon Cosmar et le systématiquement impeccable LK de l’Hotel Moscou.

Cette excellente Shit nous honore par sa douceur nonchalante et embellie le ciel avec son ambiance groovy façon 70’s, on en redemande et, bonne nouvelle, une partie 2 se prépare.

En-T Squad – 34 sur Tenessee

Braine-Lalleu (aussi appelée le 34) est une paisible bourgade (40 000 âmes) du Brabant Wallon située à une vingtaine de kilomètres au sud de Bruxelles. La ville est connue en France du fait de Waterloo (un de ses hameaux) et de la célèbre bataille dont des traces sont toujours visibles sur place. Un autre de ses hameaux, Sart-Moulin, est indirectement connu pour avoir inspiré à Hergé le nom du célèbre château de son héros. La ville a vu grandir quelques personnages connus tels que François Damiens, ou dans le rap belge James Deano ou le collectif OPAK, liste à laquelle il faudra bientôt ajouter EN-T SQUAD (prononcer Hanté Squad).

En-T Squad a vu le jour sous l’impulsion de Denza qui rappe depuis 2006 (il avait un groupe à cette époque). En 2017 il croise, LostBoyMemphis, qui commence à rapper sérieusement, et le pousse à donner le meilleur de lui-même pour magnifier son art. Rapidement une sorte de connivence artistique se développe entre les deux MCs qui mutuellement se portent et se poussent. C’est donc comme une évolution logique que Denza propose à LostBoyMemphis de former un groupe : EN-T SQUAD.

Les 2 deux se butent depuis leur enfance au Three Six Mafia, Tommy Wright III, au Memphis Underground d’une façon générale, ou aux $uicideboy$ dans des choses plus récentes, la Phonk Devil Shyt s’impose donc naturellement sans réelle discussion. En plus le genre est largement sous exploité en France et en Belgique (notamment en langue française) depuis de longues années, il y a donc un espace pour s’exprimer et développer…

En-T Squad – Suicide Collectif

En 2019 ils commencent à préparer leur première mixtape SUICIDE COLLECTIF qui sortira un an plus tard, en novembre 2020. En parallèle avec Saudade, leur manager et ami de longue date, ils montent leur propre label CERBERE RECORDS. En novembre 2020 ils envoient Suicide Collectif à TOXIN NETWORK qui va les mettre très en avant (propulser serait d’ailleurs plus approprié) et leur permettre de développer rapidement une bonne fanbase (notamment en France), développement aidé aussi par le YouTubeur SPARTAK qui a grave kiffé le projet et qui lui aussi va également les mettre en avant. De leur côté les copains de LA PHONKERIE ne s’y trompent pas non plus et les intègrent directement dans leurs 2 podcasts « RADARS ».

La machine est lancée, les gars fourmillent d’idées et enchainent. C’est ainsi que 4 mois après Suicide Collectif vient de sortir CERBERE, leur deuxième projet. 14 titres d’une bonne Phonk diablement efficace. Pas de grande révolution dans cet album mais plutôt une confirmation de ce que laissait présager la première sortie et une évolution certaine dans la réalisation. Les gars sont solides, doués et ont su créer leur propre « marque de fabrique ».

En-T Squad – Cerbere

Pourtant ils n’ont pas de Beatmaker attitré. Ils choisissent des beats, free ou payants, sur Beatstars ou YouTube (une vingtaine en général), puis écrèment pour ne garder que les meilleurs et les plus cohérentes avec leur projet. Donc même si les prods sont irréprochables, il semble évident que leur particularité réside ailleurs et notamment dans les textes. Après avoir sélectionné les prods, chacun écrit de son côté et ils s’échangent les textes par Whatsapp. Ensuite ils se réunissent chez leur ingé son (Siméon du groupe de beatmaker La Miellerie) pour de vraies séances d’enregistrement façon « groupe ». Il y a deux éléments qui à mon sens les distinguent nettement dans le paysage de la Phonk Devil Shyt. Le premier c’est le soin apporté à l’écriture. Le problème avec la Phonk francophone, c’est que généralement ça sonne mal dans les mots, pour sonner comme du kinri, pour faire gore et devil, les textes sont souvent écrits comme des adaptations (un peu à la façon des tubes des yéyés) ou comme des traductions littérales, ce qui du coup sonne un peu fake. Avec En-T Squad, tous les codes du genre sont respectés, mais les textes sont écrits pour sonner en français. Pas de tonalités, de sonorités, malaisantes, les textes sont fluides, suivent bien les prods et sonnent parfaitement à l’oreille. Le deuxième élément c’est la technique et la complicité évidente qui se dégage de leurs morceaux qui contribuent encore à crédibiliser leur démarche par un rendu naturel. Qu’on ne s’y trompe pas, hein, ce n’est pas du Proust pour autant. Les textes sont noirs, violents, percutants, sales, c’est clairement du Memphis Underground crasseux comme les meilleurs Three 6 ! Quel régal !!!

CERBERE à peine sorti les gars sont déjà au boulot sur plein de nouveaux projets, et notamment une série d’EP intitulés « DEGUEULASSERIE » (titre fort de la première mixtape), le premier volume ayant pour sous-titre « SMOOTH CRIMINEL ». Tout un programme !!!!

Ce ne sont bien sûr pas les seuls dans cette scène Phonk francophone émergente des 20’s, mais il n’y a pas de doute sur le fait qu’En-T Squad survole allègrement le bail, que c’est un crew avec lequel il faudra compter demain. C’est clairement le bon moment pour découvrir leurs diableries !!!!

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